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La présidente sud-coréenne a demandé au parlement de la démettre de ses fonctions suite à d'importantes manifestations ce week-end. Quoiqu'il arrive et malgré le ralentissement de son économie depuis la crise de 2008 (sauf en 2010), la Corée reste et restera dans le futur l'un des poids lourds de l'économie mondiale grâce à ses conglomérats très dynamiques...

 seoul manifestations novembre2016 2

La capitale de la Corée du Sud était fébrile ce week-end : on estime que plus d'un million de personnes ont manifesté dans de nombreuses avenues de la ville pour demander le départ de la présidente.

Dans le quartier d'Insadong de très nombreux cars de police et des centaines de policiers ont été mobilisés. Une ambiance un peu inquiétante à première vue, même si les manifestations se sont déroulées finalement dans le calme. L'importance des moyens policiers était cependant impressionnante. Il s'agissait du 5ème week-end de manifestations.

Selon la police 570000 personnes se sont déplacées contre 1,5 million selon les organisateurs (chiffre fournis par l'Associated Press).

De nombreuses stations de métro étaient saturées de voyageurs.

Après ce week-end exceptionnel, la présidente Park Geun-hye a demandé au parlement dans une interview télévisée d'étudier comment la démettre de ses fonctions.

Une destitution doit cependant totaliser 2/3 des 300 sièges de l'assemblée: l'opposition compte actuellement 171 députés et des membres de son propre parti devront donc également demander sa destitution pour qu'elle puisse être votée.

La présidente avait été élue en 2012 : elle est la fille de l'ancien président Park Chung-hee.

La présidente est critiquée pour avoir été très proche de sa confidente Choi Soon-sil, la fille du fondateur d'un culte religieux chamanisme.

Choi Soon-sil (comparée à Raspoutine) aurait usé de ses pouvoirs auprès de la présidente pour extorquer 70 millions de dollars aux conglomérats coréens dont Hyundai, LG et Samsung.

Choi Soon-sil a été mise en examen le 20 novembre dernier. Mais au delà de ses scandales, la colère de la rue provient peut-être également d'un certain ralentissement économique qui a accru l'insatisfaction du peuple.

Alors que le père de la présidente, Park Chung-hee, avait été à la base de la forte croissance économique du pays durant les années 60 et 70, la croissance du PIB a été plus faible sous la présidence de sa fille et 2016 a été une année particulièrement difficile pour plusieurs sociétés coréennes.

Faillite de Hanjin, la 7ème société mondiale de transport de container

Le conglomérat Hanjin a vu sa branche maritime faire faillite cet été du fait d'une dette atteignant 10,5 milliards de dollars : elle était la 7ème compagnie mondiale de transport de containers.

97 navires porte-containers de la compagnie sont restés bloqués dans le monde avec 14 milliards de dollars de biens stockés à bord dans environ 50000 containers. 

La compagnie perdait de l'argent depuis 5 ans. Hanjin Shipping avait notamment commandé il y a quelques années des méga porte-containers en pensant que le commerce international allait poursuivre sa croissance: mais la crise financière est passée par là en 2008.

Le marché du transport de container est depuis en surcapacité alors que le commerce mondial ne croit plus que de 2% par an contre une croissance à deux chiffres durant les 3 décennies. La croissance du commerce mondial ne devrait atteindre que 1,7% en 2016 selon l'Organisation Mondiale du Commerce.

Suite à sa faillite, Hanjin Shipping a décidé de vendre une partie de son activité à Korea Line Corp pour 37 milliards de Won : soit les routes Pacifique, les informations client, les unités dans 7 pays dont les Etats-Unis, la Chine, le Vietnam ainsi que les actifs et la force de travail liée à la logistique.

Cette vente qui sera effective en janvier 2017 vise à rembourser les créditeurs.

Au contraire, Korean Air qui appartient aussi au groupe Hanjin a présenté des résultats records en novembre : elle est reste toujours la 3ème compagnie cargo au monde après Emirates et Cathay Pacific.

Samsung : les problèmes du Galaxy Note 7 bientôt oubliés

Pour Samsung aussi, l'année 2016 a également été dure du fait des problèmes liés aux batteries des Galaxy Note 7: certaines batteries de ce modèle de smartphone prennent feu ou explosent. Même si cela ne concernait que 0,1% des Galaxy Note 7 qui ont été fabriqués, le constructeur a du rappeler tous les téléphones déjà vendus soit environ 2,5 millions de smartphones.

Le coût avoisine 1 milliard de dollars pour Samsung une somme cependant peu importante au regard de l'activité du colosse coréen (soit environ 2% du bénéfice net de Samsung cette année).

Le lancement de son nouveau smarttphone vedette le Galaxy S8 au Mobile World Congress à Barcelone en février prochain devrait faire oublier cette mauvaise passe pour le numéro un mondial des smartphones.

 Le succès du modèle coréen a prouvé sa pérennité grâce à ses conglomérats

Au final même si les conglomérats coréens sont critiqués, on voit bien que le fait d'avoir de multiples activités permet de supporter un grave crise comme avec le Galaxy Note 7 : si Samsung n'avait été qu'un constructeur de téléphones il aurait peut-être du fermer boutique à cause de ce soucis de batteries.

En France, les conglomérats ont été scindés à l'image d'Alcatel et cela s'est terminé par la revente de toutes les activités de l'entreprise!

Même s'il y a peut-être des problèmes de corruption (ce qui est le cas dans la plupart des pays même en France), n'oublions pas que le modèle coréen est un modèle qui fonctionne. 

La Corée du Sud a été un modèle de développement économique connu sous le nom de «Miracle de la Rivière Han» (la rivière qui coupe en deux Séoul). Et ce sont 10 conglomérats coréens qui ont été responsables de 60% de la croissance du PIB après la fin de la guerre de Corée.

Ces conglomérats sont connus sous le terme de Chaebol*: ( attention c'est un terme qui peut être vu comme péjoratif en Corée alors que cela tend à les décrier en situation de monopole/oligopole ).

La Corée est entrée dans le club du mille milliards de dollars en 2004 et dans le G20 en 2010 !

Le PIB de la Corée a été multiplié par 100 de 1911 à 2005 : il est passé de 8,361 milliards de dollars internationaux (dollars Geary-Khamis) à 883,425 milliards.

Alors que dans les années 60, le PIB de la Corée était comparable à celui des pays pauvres d'Afrique ou d'Asie, en 2004 la Corée est entrée dans le club des économies dépassant le billion de dollars (mille milliards). Elle a rejoint le G20* en novembre 2010 .

En 2015, le PIB a atteint 1,849 billion de dollars (+2,6%) contre 1,802 billion en 2014 (+3,3%) et 1,744 en 2013 (+2,9%).

La Corée se classe ainsi en 12ème position dans le monde selon le FMI (13ème selon la Banque Mondiale et le CIA World Fact Book) : ses exportations représentent environ 50% de son PIB.

Depuis la crise financière de 2008 (hormis en 2010), la Corée du Sud a connu une période de ralentissement économique avec une croissance moyenne de 2 à 3% par an du fait d'une réduction de la consommation interne et des investissements. C'est sans doute cela qui agace le plus le peuple coréen habitué à des taux de croissance records.

L'économie coréenne reste cependant extrêmement dynamique et bien placée dans de nombreux secteurs économiques dont l'automobile, le transport maritime, la construction maritime, les produits chimiques, l'acier, les semiconducteurs, les télécommunications...

Quoi qu'il arrive dans les prochains mois, le dynamisme coréen n'est sans doute pas prêt de s'arrêter! Espérons que ces soucis se règlent rapidement pour ce magnifique pays qui a met d'ailleurs la France en avant de mars à décembre 2016 (l'année de la Corée du Sud en France avait eu lieu de septembre 2015 à août 2016).

*Pays du G20 : Australie, Canada, Arabie Saoudite, Etats-Unis, Inde, Russie, Afrique du Sud, Turquie, Argentine, Brésil, Mexique, France, Allemagne, Italie, Royaume-Uni, Chine, Japon, Corée du Sud, Indonésie.

*Principaux conglomérats coréens (la Corée en compte 100) : Samsung (CA : 221 trilliards de Won), LG (115 trilliards de Won), Hyundai Kia (107 trilliards de Won), SK Group (105 trilliards de Won), GS Group (49,8 trilliards de Won, appartient à la famille LG) Lotte (41,4 trilliards de Won), Hyundai Heacvy Industrie (21,3 trilliards, appartient à la famille Hyundai), Hanwha (27,24 trilliards de Won), Hanjin (26,1 trilliards de Won), Kumnho Asiana (23,4 trilliards de Won), Doosan (21,4 trilliards de Won).

Si l'on prend en compte toutes les sociétés contrôlées par la même famille familles, Samsung est le premier Chaebol avec 252 trilliards de revenus (en intégrant Shinsagae, CJ, Hansol) devant la famille Hyundai (203 trilliards, Motors, Heavy, Steel, Insurance, Trade, construction) et LG (191 trilliards comprenant les sociétés GS, LG, LS, LIG).

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