Le Canada et les USA ont émis des alertes de voyage pour de nombreuses zones du Mexique. France Diplomatie moins sévère note cependant de graves problèmes. La violence liée au trafic de drogue pèse sur la liberté de circulation au Mexique, sur les habitants et les touristes…
Le trafic de drogue est plus que jamais responsable de l'insécurité dans le pays.
Le gouvernement du Canada vient d'émettre une alerte aux voyages au Mexique pour l’État du Sinaloa hormis lesvilles d’Hermosillo, Guaymas ou la Zona Dorada.
« Des affrontements violents opposent régulièrement des groupes armés rivaux dans l'État de Sinaloa, notamment à Culiacán et dans certaines parties de Mazatlán situées en dehors des principales zones touristiques. Des groupes armés ont intercepté des véhicules sur l'autoroute reliant Culiacán à Mazatlán et sur d'autres routes principales.Si vous vous trouvez dans une région de Sinaloa où nous vous conseillons d'éviter tout déplacement non essentiel ». L’État du Sinaloa est connu depuis longtemps pour héberger d’importants cartels de drogue.
La plupart des Etats du Nord du Mexique déconseillés aux voyages non essentiels
La Canada déconseille ainsi tous les voyages non essentiels au Sinaloa. Mais le Sinaloa est loin d'être le seul Etat déconseillé.
La liste comprend de nombreux autres états comme le Chiapas (hormis les ruines de Palenque, la ville de Tuxtla Gutiérrez, San Cristobal de la Casas), l’État de Chihuahua (sauf la ville), l’État de Colima sauf la ville de Manzanillo, l’État de Guanajuato au Sud des autoroutes 43D et 45D, l’État de Guerrero (sauf Ixtapa), l’État de Jalisco dans les 50km de la ffrontière avec l’État de Guanajuato, les lagunes du parc de Zempoala dans l’État de Morelos, l’État du Michoacan (sauf les villes de Morelia et Patzcuaro), de Nayarit dans les 20km de la frontière avec les Etats du Sinalo et de Durango, l’État de Nuevo Leon sauf la ville de Monterrey.
On voit donc qu’un très grande zone au Nord du Mexique ainsi que dans le sud avec l’État de Guerrero et du Chiapas est déconseillée pour les voyages non essentiels ce qui aura un impact fort sur le tourisme.
Les Etats-Unis sont un peu moins sévères mais déconseillent de voyager dans 6 États avec un niveau 4 : Colima, Guerrero, Michoacan, Sinaloa, Tamaulipas et Zacatecas avec des possibilité de kidnapping (voir la carte ci-dessous).

De son côté France Diplomatie déconseille :
- l’État du Tamaulipas, (à l’exception de la partie sud-ouest de l’État qui est déconseillée sauf raison impérative) ;
- l’État de Guerrero (seules les stations balnéaires d’Ixtapa-Zihuatanejo et d’Acapulco ne présentent pas le même niveau de dangerosité, à la condition expresse de s’y rendre par la voie aérienne),
- l’Etat du Colima,
- le sud de l’État de Michoacán (depuis la ville d’Uruapán et jusqu’à la côte),
- les villes de Tijuana et de Tecate en Basse-Californie du Nord,
- la ville de Culiacan et ses alentours.
Ainsi que les axes routiers suivants : :
- Monterrey (État de Nuevo León)-Reynosa (État de Tamaulipas)), route 40 ;
- Martinez de la Torre-Tlapacoyan (État de Veracruz) - Teziutlán (État de Puebla), route 129 ;
- Tapacoyan-Perote (État de Veracruz), route 131 ;
- le réseau routier secondaire partant de Martinez de la Torre vers Papantla (État du Veracruz), route 180.
Une zone très dangereuse dans l'Etat de Guanajuato
France Diplomatie déconseille formellement de se rendre dans la zone située dans le triangle formé par les villes de Celaya, Irapuato, Salamanca et de leurs environs. En effet, dans l’État de Guanajuato, les affrontements pour le contrôle du commerce illégal du pétrole, et le contrôle territorial de cet État sont particulièrement violents. Des affrontements réguliers et armés entre la principale organisation criminelle (Cartel Jalisco Nueva Generacion) et l’organisation rivale (Cartel Santa Rosa de Lima) éclatent de manière soutenue.
Les homicides ont explosé au Mexique ces 10 dernières années
Depuis 2007, le nombre de meurtres liés au crime organisé a été multiplié par 6 de 300 à 18 000 en 2024 sur un total de 25000. Plus de 300 000 homicides ont été enregistrés au Mexique durant les dix dernières années note le Latin Times.
L’État du Colima notamment avec le Sinaloa est devenu l’un des plus dangereux du Mexique avec 100 homicides pour 100000 habitants.
Mais dans les zones jusqu’à présent calmes comme les Caraïbes on note une explosion de la violence avec une hausse de 20 % des homicides dans l’État du Quintana Roo en 2024 où l’on trouve Playa del Carmen et Cancun. En début d’année 2025, le FBI a émis des alertes pour des zones touristiques comme Tulum avertit le Cancun post.
Le Mexique un narco-Etat?
Il est triste de voir ce magnifique pays se transformer en un narco-Etat.
José Luis Solís González a publié une étude sur ce phénomène. Il note « l’apparition d’une nouvelle forme d’État capitaliste périphérique au Mexique, l’État narco, dont la manifestation externe est celle d’un régime politique néolibéral à penchant technocratique, avec une forte présence de représentants du crime organisé au sein de ses différentes instances, de l’économie et de la finance. Ce phénomène fait partie de la crise actuelle du capitalisme global qui prend la forme, dans le cas de la société mexicaine, d’une profonde crise organique constituée par un déficit de rationalité (plus de trois décennies sans croissance économique) et un déficit de légitimité institutionnelle ».
Il n'y a pas que le tourisme qui pâtit de ce phénomène qui vient aussi d’une consommation de drogue effrénée de la part des américains.
La guerre des cartels dans le Sinaloa a un impact très fort sur l’économie.
« D’après l’union des commerçants de Culiacán, près de 2000 commerces auraient mis la clé sous la porte et 20 000 emplois auraient été supprimés entre le second trimestre de 2025 et la même période un an plus tôt, calcule l’Institut mexicain des statistiques (Inegi). Toujours d’après l’Inegi, l’économie locale aurait chuté de 3,9% en 2024 » note le Figaro.
Au niveau de l’ensemble du Mexique le coût de l’insécurité liée aux cartels a un impact négatif sur l’économie de 245 milliards de dollars en 2024 soit 18 % du PIB !
Un coût énorme alors que de nombreux mexicains vivent sous le seuil de la pauvreté. Cette criminalité qui frappe principalement le Nord du pays met des plus à mal les maquiladoras, principales pourvoyeuses d’emplois.
Les jeunes descendent dans les rues et protestent contre les cartels...
Au mois de novembre la jeune génération est descendue dans les rues pour protester contre le narco-Etat et contre la protection des cartels par le gouvernement.
En novembre le maire d’Urapan dans l’État du Michoacan a été tué alors qu’il menait une politique défavorable aux cartels.
... et les Etats-Unis réfléchissent à aller plus loin
Le gouvernement Trump met à juste titre la pression sur le Mexique et pointe la possibilité d’une intervention militaire pour lutter contre le crime organisé alors que des frappes de navires de trafic de drogue ont eu lieu ces dernières semaines dans les Caraïbes.
Le président Trump a évoqué d’éventuelles frappes au Mexique comme celles menées dans les Caraïbes.
En janvier un décret a désigné 6 cartels mexicains comme des organisations terroristes.
« Toute la frontière physique sud de notre pays, du côté mexicain, est contrôlée par ces organisations narco-terroristes. Tout ce qui s'y passe, c'est elles qui décident, elles qui contrôlent. Il n'y a pas de question plus essentielle pour la sécurité nationale que le démantèlement de ces organisations » a déclaré Stephen Miller conseiller de l’administration Trump cité par El Pais.
Selon lui les cartels de cet hémisphère, « contrôlent des territoires, contrôlent des armées et contrôlent les résultats politiques en assassinant des hommes politiques à leur guise afin de contrôler des gouvernements entiers ».
2024 a été l’année la plus mortelle pour les politiciens avec 201 homicides de sujets gouvernementaux motivés par des sujets politiques.
Parallèlement les dépenses publiques pour la sécurité ont baissé de 30 % entre 2015 et 2024 et de 12 % pour la justice.
Il suggère d’utiliser la même approche que celle mise en place pour des groupes terroristes islamiques.
Mais il y a aussi d'autres problèmes à juguler si l'on veut réduire l'emprise du narcotrafic au Mexique comme la hausse de consommation dans les pays développés comme en France ou aux Etats-Unis, la désindustrialisation mexicaine notamment des industries fournissant le marché domestique, la faiblesse de l'économie et le nombre trop important de chômeurs ou de salariés faiblement payés qui voient en la drogue un moyen de subvenir à leurs besoins, la collusion des politiques et des trafiquants, la corruption des fonctionnaires d'autant plus facile s'ils sont mal payés...
La France en voie de mexicanisation?
En France, la problématique commence à être similaire.
De nombreuses zones sont hors la loi et gangrenées par le trafic de drogue.
La multiplication des attaques liées au narco trafic pose problème notamment à Marseille/Grenoble où les faits divers ont fait la une de l'actualité.
Comme le note un spécialiste cité par Radio France, « le narcotrafic en France aurait un fonctionnement similaire à la mafia italienne et aux cartels mexicains » .
Dans une note, l’Office anti-stupéfiants a alerté sur l’emprise du trafic de drogue en France, l’un des pays européens les plus concernés par le phénomène comme l'indique cet article du Monde.
L'ancien ministre de l'Intérieur, Bruno Retailleau employait d'ailleurs le terme « mexicanisation de la France » pour décrire ce phénomène.
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