Le gouvernement vient d’adopter une position plus ferme vis à vis du Mercosur alors que les agriculteurs sont exaspérés par les normes européennes…
J’ai beaucoup voyagé dans le monde en Asie, au Moyen-Orient, en Amérique. La France est l’un des derniers pays parmi les grands pays industrialisés avec l’Italie où l’on trouve encore d’excellents légumes et produits agricoles. Cela tient au fait que le pays a su préserver de petites exploitations même s’il faut reconnaître que beaucoup d’exploitations ont fermés leurs portes ces dernières années. Le monde agricole est en cirse alors que l’agriculture française est l’une des rares raisons pour lesquelles ont pourrait rester en France. En effet on mange bien en France mais pour combien de temps encore ? L’Union Européenne qui prône un libéralisme exacerbé n’a pas compris qu’il était nécessaire de protéger certains secteurs notamment lorsque la concurrence n’est pas juste.
Faisons un point sur les exploitations d’Amérique du Sud. Ce sont en général d’immenses exploitations détenues par quelques richissimes propriétaires terriens souvent proches du pouvoir ou qui ont hérité de plantations issues de la colonisation. Ces exploitations sont souvent étendues sur des dizaines de milliers d’hectares et ont des normes bien moins strictes qu’en France.
OGM, pesticides, exploitations immenses...
Les cultures sont souvent issues d’OGM comme pour le maïs ainsi que le soja et l’utilisation de glyphosate y est importante d’où d’ailleurs de nombreux problèmes de santé des agriculteurs. L’Argentine a été l’un des premiers pays à adopter les OGM et aujourd’hui plus de 95 % du soja, maïs et coton sont issus de maïs transgénique ce qui favorise les grandes multinationales de semence.
L’Argentine est le 4ème producteur mondial de Bœuf, le 3ème producteur mondial de soja, le 4ème producteur de maïs au monde.
Le Brésil est également une immense puissance agricole tout comme l’Uruguay. C’est notamment le premier exportateur au monde de viande bovine, le 3ème producteur de maïs et un important producteur de volaille et de porc. La forte augmentation de la production agricole dans ces pays a conduit à une déforestation massive notamment au Gran Chaco en Argentine ainsi qu'en Amazonie et au niveau de la forêt Atlantique au Brésil.
Pour les petites agriculteurs français, il est impossible de concurrencer les immenses exploitations du Brésil ou d'Argentine
Du fait de l’immensité des terres arables dans ces pays, la concurrence frontale vis à vis d’un pays comme la France est impossible. C’est pourtant ce que prévoit le Mercosur. Cela signifiera bien évidemment la mort à plus ou moins brèves échéances des petites exploitations françaises, leur rachat par des conglomérats ou multinationales à l’image de ce qui s’est passé aux Etats-Unis ou dans de nombreux pays en développement.
Charles Grave résume très bien l’objectif poursuivi indirectement par l'UE : « Ce que l’on cherche à faire est de virer les agriculteurs des campagnes pour que les campagnes puissent être rachetées par Blackrock. Et tous ces gens là veulent que l’on fasse des grandes exploitations industrielles où il n’y aura plus de paysans, il n’y aura plus que de grosses machines. Ce qu’ils sont en train de faire c’est de détruire la spécificité extraordinaire de la paysannerie Française. Cette spécificité n’était pas la même à 30 km à la ronde. Et tout ça pour nous refaire des espèces de campagnes comme il y en à en Oklahoma où il n’y a plus aucun paysan. Ce sont en fait des sociétés. Ils veulent faire une sorte d’industrie agricole alors que nous, la France, nous étions un artisanat agricole. Et c’est de ça dont on crève ».
Tous les Français qui souhaitent continuer à bien manger doivent donc soutenir leurs agriculteurs.
Le gouvernement français change de discours face à la fronde
Le gouvernement semble avoir compris que l’accord du Mercosur conduisait à une impasse pour l’agriculture française. Il l’a compris bien tardivement.
« Depuis la conclusion des négociations entre l'Union européenne et le Mercosur en décembre 2024 à Montevideo, la France a clairement indiqué que l'accord de partenariat et de commerce présenté par la Commission européenne n'était pas acceptable en l'état, l'agriculture et la protection des consommateurs ne pouvant pas constituer des variables d'ajustement. Alors qu'un sommet du Mercosur est annoncé le 20 décembre, il est clair dans ce contexte que les conditions ne sont pas réunies pour un quelconque vote du Conseil de l'UE sur une autorisation de signature de l'accord. La France ne peut se prononcer de manière définitive que sur la base d'éléments concrets, précis et opérationnels, et non sur la base de simples annonces. C'est pourquoi la France demande que les échéances de décembre soient repoussées pour continuer le travail et obtenir les mesures de protection légitimes de notre agriculture européenne » note un communiqué.
Les Français devront faire un choix : manger mal et peu cher ou manger bien et préserver nos paysages
Il ne s’agit pas de limiter les échanges avec les pays du Mercosur mais de préserver un mode de vie, une qualité de production qui n’a pas d’égal dans le monde. Les paysans français sont aujourd’hui les premières victimes du mondialisme débridé et sont parmi les Français qui gagnent le moins leur vie alors que leur travail est fondamental. Il faudrait au contraire revaloriser le travail de nos agriculteurs en leur redonnant plus de pouvoir d’achat via de meilleures marges et de nouveaux circuits de distribution.
On estime que l’accord du Mercosur serait surtout favorable pour l’industrie automobile et les machines note Euronews. Il favoriserait donc plutôt l'Allemagne très présente dans ces deux domaines.
Au contraire la France, moins forte dans ces deux secteurs serait pénalisée alors que son agriculture pâtirait de cette concurrence. L’accord permettrait aux pays du Mercosur d’exporter 99000 tonnes de bœuf en plus des 200 000 tonnes actuelles ainsi que 180 000 tonnes de volaille supplémentaires.
L’accord Mercosur favoriserait au final la déforestation dans ces pays, détruirait de nombreuses petites exploitations françaises et dégraderait la qualité de la viande consommée par les Français ainsi que des céréales via l’utilisation d’OGM et l’utilisation intensive de pesticides ou d’hormones de croissance.
L’abatage de tout un troupeau pour cas est-ce bien raisonnable?
Récemment les paysans se sont révoltés pour l’abattage d’un troupeau pour un seul cas de dermatose nodulaire en Ariège. Ils ont proposé un protocole qui évite l'abattage de la totalité des troupeaux.
Le Pr. Jean-Marc Sabatier, chercheur au CNRS, docteur en biologie cellulaire et microbiologie estime de son côté que « l’abattage systématique des vaches en raison de la dermatose nodulaire contagieuse peut être considéré comme un scandale pour plusieurs raisons, qui sont à la fois scientifiques, éthiques, économiques et sanitaires. La maladie est bénigne dans la majorité des cas (et rarement mortelle) : le taux de mortalité est souvent inférieur à 1 %, même sans traitement. Dans la majorité des cas, les vaches infectées guérissent spontanément en quelques semaines. Les lésions cutanées peuvent être spectaculaires, mais sont non graves dans la plupart des cas. Le virus n’est pas zoonotique (il ne se transmet pas de l’animal à l’humain) : aucun cas de transmission à l’homme n’a jamais été documenté. Il n’y a donc pas de risque pour la santé publique humaine (la DNC n’affectant que les bovins) ».
Il serait peut-être bon de revoir des décisions souvent bien trop techniques et de mettre en place un vrai projet pour une agriculture qualitative française avec une juste rétribution des agriculteurs ce qui n’est pas le cas aujourd’hui.
Quand on voyage dans le monde, on se rend compte à quel point on a la chance de vivre en France pour la qualité de ses produits agricoles ce qui n’est pas le cas dans bien d’autres domaines… Force est de reconnaître que les intérêts français sont très mal défendus au sein de l’UE. De plus l'agriculture intensive prônée par l'UE est-elle solution idéale?
Pourquoi ne pas faire un tournant qualitatif? Pourquoi est-il désormais impossible trouver du bœuf nourri à l'herbe ce qui était la norme il y encore des dizaines d'années? On s'étonne de la recrudescence de certaines maladies mais un viande nourri à l'herbe sera bien plus nutritive pour le corps humain. Les normes européennes n'ont conduit au contraire qu'à intensifier la production agricole au détriment de sa qualité. Depuis des années du fait de l’agriculture intensive, les légumes ont également perdu leur valeur nutritionnelle en terme de minéraux, vitamines par rapport aux légumes produits par le passé du fait de l’appauvrissement des sols.
Dans son livre, « La France qui déclasse », Pierre Vermeren expose des constats qui rejoignent ceux de Jean-François Rial sur la nécessité de repenser l'agriculture.
Une grande partie du territoire français est à l’abandon ce qui conduit à une opposition toujours plus forte entre villes et campagnes. L’agriculture a perdu des millions d’emplois du fait de la culture intensive, de l’artificialisation des sols (avec la déclassification des terres agricoles) et a vu la population rurale se réduire. Jean-François Rial estime « qu'il faut changer la philosophie de la PAC et arrêter de subventionner en fonction de la surface ». Quant à Pierre Vermeren il juge nécessaire de : « réorienter les primes européennes non sur la production ou la matériel mais sur la protection des paysages, la diversité biologique, la qualité ou la protection des patrimoines ruraux ».
Pour conclure, un seul chiffre vaut mieux que tous les maux : en 3 ans 40000 petites fermes ont disparu en France et depuis 1988, 90 % des territoires français ont perdu plus de la moitié de leurs exploitations agricoles, une véritable hécatombe.
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