Depuis l’entrée de nombreux pays européens dans l’euro, l’Allemagne a joué un jeu qu lui était favorable. Elle a baissé les salaires réels de ses salariés et n’a pas eu à faire face à l’appréciation du Deutsche Mark du fait de son appartenance à la zone euro. Celui lui a permis d’être encore plus compétitivité à l’export mais cela a freiné la croissance des pays voisins.
Un modèle économique mis à mal par des politiciens technocrates
Parallèlement la fermeture de Nordstream et la guerre en Ukraine a mis un terme à l’approvisionnement énergétique à bas coût qui soutenait l’industrie : des mesures totalement contraires aux intérêts du peuple allemand et qui étaient voulues pour diviser l'Europe et ferme le robinet énergétique à l'Allemagne et à toute l'Europe. La fermeture des centrales nucléaires et l’Energiewende qui visait à les remplacer par de l’éolien et du solaire a eu un coût démesuré qui a également fortement pesé sur l’économie.
Enfin la Chine s’est développée dans de nombreux domaines technologiques et comme l’Allemagne a géré sa monnaie à son profit ce qui lui a permis d’exporter à bas coût de nombreux produits désormais de haute technologie. On a beaucoup critiqué la Chine pour la sous-évaluation de sa monnaie et la critique pourrait être valable pour l'Euro. Si l'Allemagne avait gardé le Deutsche Mark, il aurait beaucoup grimpé alors que l'euro a été ajusté au regard de l'ensemble de la zone économique qui compte de nombreux pays pauvres (dont la France désormais sous la moyenne européenne en terme de PIB/habitant).
« L’Allemagne a donc été frappée doublement : ses exportations reculent plus que celles des autres, et elle exportait davantage vers la Chine que les autres. Et désormais, les exportations chinoises d'automobiles et de biens d'équipement commencent à grignoter des parts de marché aux producteurs allemands jusque sur le marché européen » note Brad Stetser dans Atlantico.
« L'Allemagne a organisé son succès sur le dos de ses voisins, avant que la Chine ne retourne l'arme contre elle » ajoute-t-il.
L’Allemagne s’est sabordée notamment du fait des règles de l’Union européenne visant à supprimer les moteurs thermiques en 20235 comme la France. Alors que l’Allemagne et la France étaient leaders sur les moteurs thermiques, ils ont investi dans les voitures électriques avec retard là où les États-Unis est la Chine étaient en avance. Il ne faut s’étonner alors que les industries automobiles allemands et françaises connaissant une crise jamais vue au contraire de leurs homologues chinois et américains. On pourrait rire ou plutôt pleurer car ces décisions absurdes ont eu un impact concret sur le niveau de vie des Allemands, comme sur celui des Français.
Baisse du niveau de vie et de la compétitivité
Selon le Forum pour une nouvelle économie, le niveau de vie en Allemagne a connu la plus forte baisse depuis la Seconde Guerre mondiale en 2022 avec un déclin de la production économique comparable à la crise financière de 2008.
Les années 2020 « devraient être une décennie perdu pour l’Allemagne » et l’économique devrait connaitre le « pire ralentissement depuis la Seconde Guerre mondiale ».
Beaucoup de jeunes allemands ayant fait ce constat quittent l’Allemagne. Deux tiers des départs concernant des jeunes diplômés de 25 à 40 ans vers des pays comme la Suisse ou l’Autriche.
Ceci alors que le pays traverse une crise démographique majeure et qu'il ne peut pas se permettre de voir quitter ses forces vives : le pays a perdu 100 000 habitants en 2025 et la population active devrait diminuer de 8% dans les 20 prochaines années note Le Monde.
Sans croissance de sa compétitivité le système allemand va exploser comme le système français d’ailleurs.
Les électeurs désavouent les politiciens actuels
Ce week-end, les électeurs ont fait le constat d’une très mauvaise gestion économique du pays et ont voté massivement contre l’ensemble de la classe politique dirigeante. IL faut dire que le chancelier Mertz est très impopulaire
L’AFD a ainsi recueilli 44% des suffrages en Saxe-Anhalt, plus du double de son score de 20,8%. Le parti souhaite notamment durcir l’immigration, réduire les investissements dans les énergies renouvelables, se rapprocher de la Russie, imposer une Europe des nations et sortir de l’euro, veut baisser les impôts, soutenir les référendums d’initiative populaire comme en Suisse en limitant les mandats des professionnels de la politique, veut mettre fin à l’Energiewende avec plus de nucléaire et la remise en service de Nordstream. Des décisions déjà appliquées par des pays nordiques notamment au niveau de l’immigration par la Suède, le Danemark…
Au final pour l’Allemagne aujourd’hui le plus grand défi est une reprise économique et la fin des politiques économiques mortifères menées par les derniers gouvernements allemands et par l’UE. Sinon on voit bien que l’option pourrait être une fuite en avant vers la guerre comme cela a lieu actuellement avec la construction d’usines de drones ou le réarmement. La situation est identique en France alors que les gouvernements de droite comme de gauche n’ont fait qu’augmenter la dette depuis Mitterrand et ont détruit au fur et à mesure la compétitivité française par un trop plein de normes, de réglementations et la surcouche réglementaire de l’UE.
Certains voient un espoir dans la hausse de 0,3% du PIB allemand au second trimestre contre 9,4% au premier trimestre selon Destatis. Mais c'est au prix de l’emprunt comme en France. Le gouvernement prévoit d’emprunter 203 milliards d’euros en 2027 et la croissance dépend désormais à 70% de la consommation publique selon l’institut économique DIW.
En bref, l’Allemagne suit désormais la même politique que la France à base de dégradation des comptes publics pour créer de la croissance artificielle. Les électeurs ont bien vu que cette politique n’était pas la bonne.
Sans une énergie peu chère, une paix revenue et une société plus positive qui fait des enfants, l’Europe retrouvera ses vieux démons, la crise économique et la guerre.
Aujourd'hui les partis qui sont au pouvoir sont populistes : ils creusent la dette tant en Allemagne qu'en France et à droite comme à gauche... Ils promettent plus de prestations sociales ou des lendemains qui chantent en finançant artificiellement des projets idéalistes et peu pragmatiques via de la dette.
Rappelons que Volkswagen l'un des fleurons de l'économie allemande va supprimer 100 000 emplois et potentiellement 4 usines allemandes du fait des décision calamiteuses prises en Allemagne et dans l'UE sans aucune remise en question comme la fin des voitures thermiques en 2035. Il en est de même dans l'immobilier où la crise est majeure ou dans l'énergie.
On comprend pourquoi les électeurs allemands comme les électeurs français sont très mécontents de leurs castes politiques...La cuisante défaite du CDU en Saxe-Anhalt pourrait conduire à la démission de Friedrich Merz, très impopulaire avec avec 85% d'opinion défavorable à l'image de Keir Starmer au Royaume-Uni. Comme en France, une nouvelle politique économique est urgente en France ou en Allemagne comme au niveau de l'UE. Créer de la croissance avec de la dette sans développer la compétitivité, en taxant toujours plus et avec des politiques vertes hors sol est tout simplement suicidaire.
Le problème du réarmement allemand
Hormis les problèmes économiques et politiques la militarisation de l'Allemagne est également un sujet épineux. Suite à sa défaite lors de la Seconde Guerre mondial le pays ne devait pas se réarmer, or il fait actuellement tout le contraire. Le budget militaire allemand a atteint 100 milliards d'euros cette année avec un objectif de 3,5% du PIB d'ici 2029. Cela représenterait 200 milliards à cette date contre à peine 32 milliards d'euros en 2014. Il s'agit donc d'une politique de réarmement massive contraire aux traités d'après-guerre et qui modifie profondément la géopolitique européenne et va grever l'économie allemande de dépenses sans intérêt. La richesse des Allemands était aussi due au fait qu'ils dépensaient peu pour l'armement. L'Allemagne risque ainsi de devenir la première puissance militaire de l'UE à terme et la première puissance économique ce qui modifierait profondément les équilibres faisant de l'UE, un système transnational allemand.
L'autre risque est une posture belliciste que l'on voit actuellement dans le sentiment antirusse en Allemagne alors que, n'oublions pas, les Russes ont été et de loin les plus dévastés par le régime nazi : on estime à 22 millions le nombre de morts russes pendant la Seconde Guerre mondiale dus à la guerre et donc au régime nazi.
Ce massacre impardonnable devait détruire à jamais l'idée de toute russophobie en Allemagne.
Rappelons que l'Allemagne avant guerre était une Démocratie et que le régime a trouvé très rapidement des boucs émissaires au désastre économique : les Juifs. Actuellement on voit la même tendance se dessiner en Allemagne avec les Russes ce qui est très dangereux. Alors pourquoi réarmer l'Allemagne quand on sait qu'une armée est toujours utilisée? La Seconde Guerre mondiale a démontré à l'Europe que toute guerre est une dévastation sans intérêt. Les Démocraties européens ont un grand rôle dans l'arrêt des négociations de paix entre l'Ukraine et la Russie et la déstabilisation de l'Ukraine avant via coup d'Etat soutenu par les Etats-Unis. Cette révolution a enlevé le pouvoir au président élu démocratiquement Iakounovytch. Oliver Stone parle très bien de cette affaire dans son film Ukrain on Fire.
La course à l'armement n'est pas la bonne solution aux problèmes allemands qui découlent justement de la politique insensée menée depuis quelques années...Elle n'est qu'une fuite en avant extrêmement dangereuse pour tous les Européens.
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