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Le think tank Terra Nova vient de publier un rapport intitulé « Pour un tourisme à impact positif à Paris ». Il préconise notamment de limiter les locations Airbnb et d’interdire le stationnement des bus touristiques à Paris.

Les effets du surtourisme pèsent sut certaines grandes villes comme Venise, Berlin et surtout Barcelone où les habitants ont manifesté contre la hausse des loyers et la difficulté à trouver des logements dans le centre-ville du fait des locations Airbnb.

«À Barcelone, ce sont le développement d’Airbnb et la réduction du nombre de logements, ainsi que l’augmentation des loyers dans certains quartiers, qui ont mis le feu aux poudres. À Amsterdam, outre le comportement excessif de touristes venus faire la fête dans le Quartier rouge, c’est aussi la modification des commerces qui a été pointée du doigt comme élément du sentiment de captation de la ville par les visiteurs au détriment des locaux» précise le rapport.

Le quartier gothique de Ciutat Vella à Barcelone s’est vidé de ses habitants. En 2015, on ne dénombrait plus que 15624 habitants, contre 27470 en 2006. 63% d’entre eux sont désormais des habitants «flottants», c'est-à-dire des personnes qui louent de manière très temporaire en raison de la hausse des prix. En réaction, la ville a sanctuarisé le périmètre situé entre les Ramblas et le Barrio Gótico, où il est désormais impossible d’ouvrir un nouvel établissement hôtelier ou d’accroître le nombre de lits dans les structures existantes

Paris souffre également du sur tourisme

Dans son rapport, « Pour un tourisme à impact positif à Paris », Terra Nova propose des pistes pour protéger le patrimoine urbain, bâti et immatériel des villes avec pour objectif un tourisme bénéfique à Paris.

Les propositions ont été dirigées notamment par Jean-François Martins, actuel adjoint au tourisme et aux Jeux Olympiques et Paralympiques de la Maire de Paris et porte-parole du mouvement "Paris en Commun", et Jean-François Rial, PDG de « Voyageurs du Monde.

«D’après l’enquête internationale «Residents Sentiment Index»de TCI Research, des villes comme Barcelone et Amsterdam voient près d’un résident sur cinq rejeter le tourisme et même souhaiter que leur ville cesse toute action de développement touristique» explique le rapport.

L'impact des voyages de groupe sur la vie quotidienne des parisiens

Le rapport pointe particulièrement les effets négatifs du tourisme de groupe à Paris.

«À ce titre, le voyage en groupe, prisé notamment par les nouveaux pays émergents en forte croissance qui ont accédé récemment au tourisme, est peu compatible avec le tourisme urbain et va même à l’encontre du mode de vie des résidents des villes. Il crée des pics de charge sur la ville et des phénomènes de saturation de l’espace public. Il en est de même pour l’hébergement : le tourisme de groupe nécessite des hôtels de grande capacité et ce, tout au long de leur parcours client».
Il n’y pas qu’à Paris où cet effet de groupe peut-être un problème. Les grands sites comme Angkor Wat au Cambodge souffrent de l’arrivée massive de groupes en bus qui troublent le caractère paisible du site que les voyageurs sont venus rechercher.

Le Binge tourism des City Break

Le rapport pointe également l’impact des City break où les voyageurs veulent consommer au maximum en une durée de temps réduite.

«Cette pratique du "binge tourism" a un impact fort sur le commerce. Les traditionnelles boutiques de souvenirs ont été rejointes par des enseignes (type duty free) et des restaurants de chaînes, où l’on peut acheter vite et se restaurer vite, avec des plats de son pays d’origine,pour ne pas avoir à passer de temps à choisir. On peut également souligner l’impact de cette consommation effrénée sur ce qui est apparu comme une nécessité : l’ouverture des commerces le dimanche, pour des touristes qui ne pourraient attendre le lundi pour consommer » expose le rapport.

Les effets de mode des réseaux sociaux

L’impact des réseaux sociaux est également important alors que certains site peu fréquentés deviennent à la mode du jour au lendemain. «Si le phénomène a touché de nombreux sites naturels, comme ce champ de coquelicots piétiné par les touristes en Californie ou la fameuse baie de Maya en Thaïlande, il s’est aussi urbanisé, comme pour la rue Crémieux, une charmante petite rue colorée parisienne qui est devenue le lieu de rendez-vous des influenceurs d’Instagram et dont les habitants sont excédés par le flot quotidien de visiteurs peu respectueux de leur tranquillité» indique le rapport.

Objectif : limiter puis interdire la circulation des grands bus touristiques

Le rapport préconise dès 2020 de réduire la circulation des autocars dans Paris et mieux contrôler les pratiques : restriction en heures de pointe, sur les voies à gabarit réduit et à sens unique, dans certaines zones sources de pollution visuelle (Haussman, Pigalle, Tour Eiffel, Louvre-Rivoli).

L’objectif serait à horizon 2024 de remplacer les autocars par des navettes propres et de plus petite taille. «Cet horizon laisse le temps aux professionnels du tourisme d’adapter leurs pratiques et d’aménager des gares multimodales connectées au réseau du Grand Paris Express. Les passagers pourront ainsi rejoindre le centre de Paris grâce au réseau de transport en commun ou grâce à des navettes électriques» assure Terra Nova.

L’objectif est notamment de réguler le nombre d’autocars afin de contribuer à diminuer la part du tourisme de groupe à Paris et d’augmenter celle du tourisme individuel, qui apporte à la fois plus de valeur et génère moins de nuisances pour le territoire.

Pour proposer une tourisme plus durable le rapport propose notamment de mieux encadrer le stationnement des bus touristiques dans la ville et d’interdire à terme leur stationnement et leur circulation.

En haute saison on compte ainsi plus de 1200 bus touristiques stationnés chaque jour à Paris et concentrés autour des sites touristiques majeurs ainsi que 400 bus longue distance qui se sont fortement développés depuis les lois Macron. Il faut également ajouter les bus hop-on, hop-off soit une centaine.

Il est à noter que d’ici 2024, et c’est une bonne mesure, les autobus diesel seront interdits de circulation dans Paris. Des zones de dépose/reprise ont également été crées ainsi que 500 places de stationnement réservées aux autocar

Limiter l'emprise des boutiques de souvenirs ou de grandes chaines

Afin de lutter contre les boutiques de souvenirs qui dénaturent l’offre de commerce comme à Venise, la Ville de Paris met en œuvre des dispositifs de préservation de la diversité commerciale et artisanale, via la Semaest (Société d’économie mixte de la Ville de Paris), avec le dispositif Vital’Quartier.

À l’heure actuelle, Vital’Quartiers a déjà permis de préserver le commerce de proximité dans des zones concernées par de forts flux touristiques périphériques (rue Saint-Denis, Beaubourg, Temple…). La seule façon d’enrayer ce mécanisme est de reprendre la maîtrise foncière dans ces quartiers soumis à la spéculation commerciale afin de les sortir de leur «Disneychalandisation».

Limiter à 60 jours les locations Airbnb

Concernant le développement des locations Airbnb, le rapport propose de les limiter.

On estime entre 45000 et 55000 le nombre de meublés touristiques à Paris, dont 30000 logements détournés pour faire du meublé de tourisme à l’année. Ces plateformes contribuent à la diminution du nombre de logements à Paris, entretiennent l’activité frauduleuse de professionnels déguisés qui réalisent parfois un chiffre d’affaires important, qui s’exonèrent de leurs obligations fiscales et réglementaires, et aggravent l’inflation des prix de l’immobilier, ce qui pénalise considérablement le pouvoir d’achat des Parisiens.

De plus on estime à environ 60% le nombre d’annonces sur Airbnb qui ne respectent pas la réglementation soit 120 jours maximum de location par an. A cela s’ajoute le fait qu’Airbnb contribue très peu à la richesse nationale en vampirisant les bénéfices : Airbnb a payé moins de 150000 euros d’impôts en France en 2018 alors que l’entreprise revendique en parallèle une augmentation de 30% de son chiffre d’affaires entre 2017 et 2018, estimé à 200M€ par an.

Le rapport propose ainsi de transférer la compétence de régulation des meublés touristiques de l’Etat à la Ville de Paris, de renforcer les moyens de contrôle et d’augmenter le prix des amendes pour les fraudeurs et de soumettre aux Parisiens, par référendum, des propositions de régulation de l’activité des plateformes de location de meublés, qui pourraient porter sur plusieurs points.

Parmi ces points on peut citer : l’abaissement du plafond maximum de jours autorisés de 120 à 60 jours par an, comme vient de l’autoriser le Sénat, l’interdiction des meublés touristiques dans les arrondissements centraux menacés de désertification (Ile Saint-Louis, Marais…), l’interdiction de la location de meublés touristiques dans tout Paris, tant que les plateformes ne mettent pas en place de dispositif de contrôle ainsi que le déplafonnement du montant de la taxe de séjour pour les meublés touristiques (aujourd’hui fixée à 5% du prix de la nuitée mais dans la limite de 2,30€ par nuit par personne) qui rapporte aujourd’hui seulement 7,5 millions d’euros par an à la collectivité.

Limiter les nouveaux hôtels dans Paris au profit du Grand Paris

Le rapport souhaiterait aussi limiter les nouveaux hôtels dans Paris en faveur du Grand Paris. Aujourd’hui, l’offre d’hébergement touristique parisienne s’avère largement suffisante au regard de villes comparables et elle reste concentrée dans Paris intra-muros avec 16 hôtels au kilomètre carré (vingt fois plus que New York). Terra Nova propose d’arrêter le développement de nouveaux hôtels dans Paris intra-muros, à l’exception de quelques secteurs à revitaliser, au profit du renforcement de l'attractivité du Grand Paris et de la solidarité métropolitaine. Le rapport préconise d’inscrire lors de la prochaine révision du plan local de l’urbanisme (PLU), le principe de refus de tout nouveau permis de construire dans les secteurs concernés par une offre hôtelière excessive, sur la base d’un ratio maximal de mètre carréd'hébergement touristique/mètre carréde logements. Ce ratio permettra de distinguer les secteurs dans lesquels seuls les travaux de modernisation des hôtels existants seront autorisés (et les nouveaux projets interdits) de ceux dans lesquels il sera possible de construire de nouveaux hôtels participant à la requalification d’un quartier et à la mixité de ses usages.

Privilégier les modes de transports écologiques: bateaux électriques, vélos

Enfin le rapport souhaiterait privilégier les modes de transports écologiques notamment sur la Seine avec des motorisations propres (électrique, GNV, hydrogène) avec un calendrier de sortie du diesel pour les bateaux à l’image des autobus. L’objectif serait de développer les technologies électriques comme Green River, SeaBubbles avec ses taxisvolants, les navettes fluviales Mobil’Icade entre le parc de la Villette et le Millénaire à Aubervilliers, les Marins d’eau douce à la Villette…et à long-terme de développer des solutions à hydrogène.

Dans ce cadre le vélo est évidemment un acteur important alors que la municipalité a fortement investi pour le développement des pistes cyclables. Entre septembre 2018 et septembre 2019, on a comptabiliséen moyenne une hausse de 54% de cyclistes sur les voies cyclables parisiennes, avec des augmentations très fortes sur certaines voies nouvellement équipées comme le boulevard Voltaire (+82%) ou le quai François-Mauriac (+66%).

Plus de 4500 cyclistes circulent chaque jour sur la nouvelle piste cyclable de la rue de Rivoli. L’un des plus anciens compteurs, situé rue La-Fayette, enregistre une hausse de 220% depuis le début de la mandature alors qu’il n’y a pas eu de nouvelle piste cyclable sur cet axe. Cela témoigne d’une augmentation générale de la pratique du vélo à Paris, et pas seulement sur les axes nouvellement équipés.la création de nouvelles voies cyclables sécurisées, séparées de la circulation motorisée par des blocs de granit, continues et plus lisibles a considérablement amélioré la sécurité des cyclistes et le nombre d’accidents graves à vélo est très faible en comparaison des autres modes de transport.

Ces nouvelles infrastructures ont créé des parcours entièrement sécurisés dans les zones touristiques, par exemple sur l’axe Louvre-Rivoli et de Notre-Dame à la tour Eiffel. Aujourd’hui, deux utilisateurs de Vélib’sur dix sont des touristes (17% du total des abonnés ont renseigné une adresse hors Ile-de-France).La priorité est de continuer à investir dans l’aménagement des pistes cyclables et en particulier d’améliorer les continuités avec le Grand Paris pour favoriser l’essor d’un tourisme métropolitain.

L’aménagement des«boucles cyclables olympiques» à l’horizon des JO 2024,qui relieront l’ensemble des sites olympiques parisiens sur plus de 1000 km, seront l’occasion de créer des parcours touristiques entre Paris et la Seine-Saint-Denis. Cet aménagement doit s’accompagner d’un travail de mise en valeur des richesses culturelles, sociales, patrimoniales et paysagères tout au long du parcours.

Une bonne idée serait notamment que les hôteliers proposent des forfaits de vélo à la journée à leurs clients.

Vers une contribuation planète incluse dans la taxe de séjour?

Le rapport propose également de mettre en place une contribution Planète Paris qui absorbera les émissions de co2 des touristes étrangers venant en avion à Paris. Elle serait incluse dans la taxe de séjour qui représenterait 5% du coût de la nuitée sans limite à 2,3€.

Fusion des Offices de tourisme de Paris et du Grand Paris

En terme d’organisation le rapport propose la fusion de l’Office du tourisme et des congrès de Paris (OTCP), des Comités départementaux du tourisme du 93 et 94 et des services du tourisme du conseil départemental du 92 pour créer un Office métropolitain du tourisme visant au développement de tous les territoires du Grand Paris grâce au tourisme

«Qu’il s’agisse de la basilique Saint-Denis ou des guinguettes de la Marne pour le tourisme de loisirs, les sites du Bourget et de Villepinte ou de la Défense pour le tourisme d’affaires, notre offre touristique est déjà étroitement liée aux communes de la Petite Couronne» conclut le rapport.

 Il reste dans ce rapport un grand oubli cependant : les transports en publics Paris-Banlieue. Car le Grand Paris Express ne résout qu'une partie du problème en créant une grande ceinture autour de Paris. Il manque et c'est indéniable des liaisons beaucoup plus fréquentes et radiales en transport en commun entre Paris et la Grande Banlieue pour les touristes mais aussi et surtout pour les habitants.  A quand un projet d'investissement massif pour créer des lignes de tramways, de bus électriques beaucoup plus fréquentes pour relier les villes de banlieue à Paris?

Voir le rapport de Terra Nova.

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