Lors d’un vol vers Skopje en Macédoine du Nord le 04 août dernier j’ai pu constater le niveau de délabrement de la gestion des passagers à l’aéroport de Beauvais: panne des systèmes, queue de plus de 2 heures pour embarquer, fouille détaillée des bagages en cas de moindre petit liquide. Il s’agit de la pire expérience que j’aie jamais eu l’occasion d’avoir dans un aéroport en ayant pourtant voyagé dans plus de 70 pays et encore plus d’aéroports. Déjà l’an passé, les employés de sécurité m’avaient confisqué deux objets (perche à selfie et petite planche à découper en olivier) qui avaient été placés en consigne. Ceux-ci n’ont jamais été retrouvés, surement volés. Rappelons que ces objets ne m’ont jamais été confisqués dans aucun aéroport.
Beauvais semble être digne d’un aéroport du tiers monde.
A Skopje : un aéroport excellent géré de manière professionnelle et avec des scanners 3D
A titre de comparaison le retour depuis Skopje a été exceptionnellement bien géré: passage des contrôles en 5 minutes et pas de fouille des bagages car l’aéroport est équipé contrairement à Beauvais des dernières technologies soit des scanners 3D. Rappelons que la Macédoine du Nord est l’un des pays les plus pauvres de l’Europe avec un PIB par habitant de 29 773 dollars contre 66 297 pour la France. La Macédoine du Nord semble pourtant être bien mieux gérée au niveau des aéroports.
Beauvais cumule le plus de retards en France
Cette impression de laissez-aller à Beauvais n’en est pas une elle est confirmé par les faits. L’assureur Luko by Allianz a compilé les données d’Europol soit près de 428 000 vols entre 2020 et 2025 et arrive à la même conclusion : Beauvais est l’un des pires aéroports d’Europe avec 75 minutes de retard pour 100 départs, le record de France. En 5 ans Beauvais a accumulé 11 845 minutes de retard. Le contretemps à Beauvais est 75 fois plus élevé que dans les aéroports les plus ponctuels du pays. Déjà en 2015, l’aéroport avait été désigné comme le « pire aéroport d’Europe » par les internautes du site Sleeping in airports. L’étude avait porté sur 6 critères : expérience globale, propreté, services proposés, service client, confort et qualité des infrastructures pour dormir sur place.
Rappelons que le gestionnaire de l'aéroport a reconnu que «L’infrastructure actuelle est totalement sous-dimensionnée par rapport au trafic passager traité. En effet, les terminaux ont été conçus pour environ 2 millions de passagers contre 6,67 millions accueillis en 2025. (…) À terme, ne pas investir constituerait un risque pour la pérennité de l’aéroport Paris-Beauvais car le niveau de service se retrouverait en décalage avec les attentes des compagnies aériennes et des passagers.»
« Une fois sur place, Beauvais continue de décevoir. Il y a deux terminaux : le T1 et le T2. Pour une raison que j’ignore, je passe souvent par le T1. Les services et les possibilités de restauration y sont très limités. La dernière fois que j’y étais, je n’ai même pas pu acheter de dentifrice. Il y a un Paul et un Monop’ avant les contrôles de sécurité, mais une fois que vous les avez franchis, vous êtes coincé. L’endroit est souvent bondé. C’est insensé de penser que Beauvais est un aéroport au même titre que CDG, avec son magnifique nouveau salon dans le terminal 2G, accessible à tous les passagers. Il y a peu de services, encore moins de sièges, et l’endroit est extrêmement peu attrayant » note le blog de voyage anglais Farawayplaces.
Des suspicions de mauvaise gestion pointées par Anticor
D'autres problèmes ont été pointés par le passé. Rappelons qu'en 2024, le groupe Anticor, reconnu pour son engagement dans la lutte contre la corruption et la promotion de l'intégrité publique, avait déposé une plainte visant l'aéroport de Beauvais « pour des problèmes de transparence et d'intégrité au sein de l'établissement notamment sur l'utilisation des fonds publics et la manière dont certains contrats ont été attribués ». « Sept rapports, publiés entre 2017 et 2023, mettent en lumière des comportements litigieux persistants de la part de l’aéroport » notait Capital.
En 2023, La chambre régionale des comptes avait pointé « un manquement dans le contrôle de l’exploitant, une inadaptation de l’organisation ». Le rapport notait également «une passation mal maîtrisée, l’absence d’une stratégie de développement connue et claire concernant le trafic des passagers, la politique tarifaire avec les compagnies et l’investissement prioritaire ».
De mon côté je classe Beauvais comme le pire aéroport des 73 pays que j’ai visité. Il faudra s’y faire : les services publics en France ressemblent de plus en plus à ceux de pays du tiers monde.
Quand on revient de l’est de l’Europe on se rend compte à quel point ce pays s’est dégradé ces 30 dernières années. Quand on pense que Ryanair s'est retiré de nombreux aéroports français ces derniers mois ( Vatry, Strasbourg-Entzheim, Bordeaux, Clermont-Ferrand), combien de temps la compagnie va-t-elle supporter de tels retards à Beauvais? Il en est de même pour toutes les compagnies low-costs dont le business model repose sur la ponctualité.
Crédit photo : BusinessTravel.fr.
Droit de réponse de BELLOVA, exploitant de l'Aéroport Paris-Beauvais
À la suite de l'article « Beauvais : l'un des pires aéroports au monde ? », publié le 25 août 2026, Bellova souhaite apporter plusieurs précisions.
Le ressenti général de l'article
Cet article est le mélange d'une expérience personnelle, de données statistiques aléatoires et enfin d'accusations de gouvernance, tout cela assemblé pour arriver à une conclusion erronée quant à la gestion de notre plateforme. L'article dit notamment que l'auteur classe Beauvais comme « le pire aéroport des 73 pays » qu'il a visités. C'est un témoignage personnel, qui nous le comprenons fait suite à des désagréments, mais en aucun cas à la réalité habituelle des millions de passagers qui y passent chaque année. Il aurait été appréciable que le journaliste signe son article et/ou contacte notre service clients qui est très attentif à l'expérience des passagers. Avoir vécu une mauvaise expérience à Paris-Beauvais est possible et le sentiment négatif peut être légitime (et nous en sommes navrés) ; en déduire que Beauvais est objectivement l'un des pires aéroports du monde ne l'est pas, ni d'instiguer une suspicion sur une mauvaise gestion, observation arbitraire et gratuite.
Sur le dimensionnement de l'aéroport et projet de modernisation
Le succès de l'Aéroport Paris-Beauvais repose sur des conditions tarifaires très attractives pour les compagnies aériennes low-cost et permet une démocratisation du transport aérien. Il en résulte une rentabilité opérationnelle bien inférieure aux standards d'aéroports de taille comparable, et donc une capacité d'investissements substantiellement réduite.
S'il est vrai que l'infrastructure actuelle est sous-dimensionnée par rapport au trafic passager traité et qu'en effet, les terminaux ont été conçus pour environ 2 millions de passagers contre 6,67 millions accueillis en 2025, la simplicité et l'efficacité permettent toutefois d'atténuer cette limite. Le nouveau contrat de concession (démarré en octobre 2024 pour une durée de 30 ans) prévoit un programme d'investissements conséquent, dans l'objectif de mettre à niveau les infrastructures et d'atteindre une qualité de service répondant aux critères de confort des compagnies aériennes (IATA Optimum). Les travaux représentent un montant de plus de 200 millions d'euros, entièrement financé par les investisseurs privés contrôlant la société concessionnaire. Le calendrier doit prendre en compte la réalisation des études techniques et d'une étude d'impact environnemental, ainsi que les très nombreuses obligations administratives pour valider le permis de construire et l'autorisation environnementale, ce qui implique que les nouvelles infrastructures ne pourront pas être réceptionnées avant 2030 (hors possibles impacts de recours et autre aléas).
D'ici là et dans les conditions actuelles, l'exploitant s'emploie à réaliser des travaux ponctuels (mise en service de nouveaux postes d'inspection-filtrage, de nouvelles salles d'embarquement, de nouveaux cheminements et de nouveaux services pour les passagers...) et à optimiser son organisation opérationnelle, également grâce à la forte implication de ses personnels.
Sur les contrôles et les objets évoqués
Dans le contexte de congestion créé par des infrastructures saturées, le passage sûreté constitue un point critique du parcours passager. Des nouvelles lignes d'inspection-filtrage des passagers et des bagages cabine ont été mises en place récemment dans les deux terminaux et des discussions avec les compagnies aériennes sont menées pour lisser au mieux le trafic lorsque cela est possible.
Par ailleurs, des mesures de sûreté spécifiques peuvent être décidées localement par les Autorités de l'Etat, ce qui est le cas à Beauvais. Il est vrai que des perches à selfie ont dû être refusées pendant l'été 2025, cette disposition n'étant plus en vigueur actuellement.
De plus, le changement récent de la société en charge de la sûreté a permis d'améliorer significativement la fluidité, même si des difficultés peuvent subsister sur certains pics de trafic, les compagnies ne pouvant pas toujours répondre positivement à nos demandes de repositionnement de créneaux de vols.
En outre, votre journaliste n'est pas sans savoir que la France, comme les autres pays européens, doit appliquer le nouveau système EES, qui défraye la chronique devant les fortes difficultés occasionnées par ce nouveau système de contrôle aux frontières dans tous les aéroports européens. Cette disposition étant administrative, les services de l'Etat l'appliquent naturellement également à Beauvais, avec les mêmes conséquences que sur les autres plateformes à fort trafic passagers internationaux hors-Schengen comme c'était donc le cas pour votre journaliste au départ de Beauvais pour Skopje (Macédoine du Nord).
Sur les données de ponctualité et les classements
Il convient préalablement de rappeler qu'une des activités de cette entreprise est l'assurance des voyages, et malheureusement pas la création d'études ou d'analyses statistiques. Il est donc étonnant que l'analyse de cette étude n'ait pas suscité de curiosité tant dans sa méthodologie que dans son analyse par la presse. Ce qui est malheureusement souvent le cas pour les différentes publications prétendant classer les aéroports, les compagnies aériennes, les retards de vols, pour finalement faire la publicité et la promotion d'un service (assurance voyages, compensations suite à un retard, etc.). Outre le fait de citer les sources pour donner du crédit (sources que nous n'avons malheureusement pas pu vérifier car non accessibles), des analyses erronées semblent faites par cette « étude » pour expliquer les résultats par la typologie de l'aéroport, les compagnies qui le fréquentent ou ses passagers.
Nous tenons donc à rappeler que la ponctualité de l'Aéroport Paris-Beauvais est dans les standards des aéroports régionaux français. Sur la période 2020-2025, le taux de ponctualité est de 77,8% (pour des départs dans les 15 minutes et moins, étalon de valeur des compagnies aériennes), et même de 86,6% de ponctualité si l'on ne prend en compte que les retards directement imputables à l'aéroport (contrôles sûreté, frontières ou douanes inclus), sur environ 83 262 départs sur la période.
Il est fait mention « d'une forte dépendance aux compagnies low-cost ». Nous considérons que cette situation constitue plutôt un avantage, car permettant d'ouvrir le transport aérien à un public large et de proposer destinations exclusives et non desservies ailleurs en France. L'aéroport et ses compagnies aériennes œuvrent pour la meilleure ponctualité possible, qui est un élément essentiel du modèle low-cost comme votre journaliste le rappelle. La simplicité et l'efficacité permettent de faire que la fréquentation de l'aéroport a pu avoir cette trajectoire de forte croissance ces dernières années. Signe s'il en fallait que les clients passagers plébiscitent notre plateforme, tout comme les compagnies aériennes partenaires.
Il est aussi fait référence à une étude « Sleeping in Airports », alors que notre plateforme ne devrait pas être classée par ce site dont l'un des principaux critères demeure le confort et qualité des infrastructures pour dormir sur place... l'aéroport n'étant pas ouvert la nuit entre 23h30 et 3h30 en raison d'un couvre-feu réglementaire. Par ailleurs, cette étude est pour le moins vieillissante (12 ans...), un hôtel de 80 chambres ayant ouvert à proximité immédiate des terminaux.
Enfin, il est erroné d'écrire que la compagnie Ryanair s'est retirée de la quasi-totalité des aéroports français, dans la mesure elle opère toujours dans une vingtaine d'entre eux, qu'elle y a toujours trois bases dont Beauvais, et qu'elle est le 4e transporteur aérien en France (en nombre de passagers).
Une nouvelle fois, nous comprenons que des désagréments que nous regrettons peuvent conduire à une image négative, mais nous souhaitions apporter ces éclaircissements et pourrons accueillir votre journaliste lors de son prochain passage vers une destination exclusive au départ de Paris-Beauvais. Bellova reste disponible pour examiner les difficultés signalées et présenter les mesures engagées pour améliorer l'expérience des passagers.
La société BELLOVA, Exploitant de l'Aéroport Paris-Beauvais
