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Le 9 juillet 2019, la ministre des Transports Elisabeth Borne a annoncé qu’en 2020 une nouvelle écotaxe serait effective sur tous les vols au départ de la France, dans le but de participer à hauteur de 180 millions d’euros au financement des transports quotidiens. Une taxe injuste pour le monde de l'aérien alors que les compagnies sont déjà plus taxées en France que dans d'autres pays notamment via la taxe Chirac...

La France va-t-elle mourir du poids des taxes ? Les dirigeants politiques français ne semblent penser qu'en terme de taxes pour résoudre les problèmes.

Désormais c'est le monde de l'aérien qui est dans le viseur alors que les progrès en terme de consommation de CO2 par passager ont été immenses ces dernières années avec l'arrivée de nouveaux avions en matériaux composites ( B787 et A350 ) et l'entrée en service d'avions remotorisés (A320/321neo...).

L'aviation devient ainsi un bouc émissaire et se voit ainsi pour rôle de financer les autres modes de transport concurrents : une manière de faire qui va abaisser la compétitivité du secteur aérien français déjà mal en point. Si l'on voulait tuer dans l'oeuf l'industrie aérienne française on ne s'y prendrait pas autrement.

Rappelons qu'Airbus est l'un des premiers contributeurs à la balance commerciale française et qu'Air France est l'un des premiers contributeurs au fait que la France soit l'un des pays les plus visités au monde !

L’écocontribution que prévoit la ministre a pour objectif de financer la future loi sur les mobilités (LOM).

10% du prix des billets d'avion

Pour ce faire, tous les vols au départ de la France se verront prélever dès 2020 de 1,50 euros à 18 euros. Les vols en classe économique pour les vols intérieurs et intra-européens seront taxés  à hauteur de 1,50 euros contre 9 euros pour la classe affaires.

Hors Union Européenne, 3 euros seront prélevés en classe économique et 18 euros en classe affaires. Ces taxes correspondent, pour les plus élevées, à près de 10% du prix moyen en France : un montant bien trop élevé!

Les vols vers la Corse, vers l’Outre-Mer et en correspondance ne sont pas concernés. Au total, 180 millions d’euros seront rapportés à la France à la suite de cette décision prise lors du Conseil de défense écologique présidé par Emmanuel Macron.

L’investissement dans d’autres secteurs de transports, parmi lesquels le ferroviaire et le routier, devrait réduire l’impact carbone sur le sol français, selon Elisabeth Borne.

La colère des compagnies françaises: les taxes représentent 50% du prix du billet en France!

Cette annonce a fait resurgir la colère des compagnies aériennes concernées, qui s’offusquent du nombre croissant de taxes françaises qui, selon la FNAM (Fédération Nationale de l’Aviation Marchande), créent « des distorsions de concurrence intra-européenne trop importantes ».

Actuellement, la France est l’un des rares pays au monde où le transport aérien finance plus que ses coûts.

En 2017, 4,8 milliards d’euros ont été prélevés, tandis qu’actuellement les taxes représentent près de 50% du billet (30% en Suède et au Pays-Bas).

Ce sujet houleux avait par ailleurs été mis sur la table des Assises du transport aérien (21 mars 2018 – 8 mars 2019), insistant sur le poids des charges sociales françaises par rapport à ses voisins européens et les difficultés du secteur déjà existantes.

Le cri des compagnies françaises dénonce une incohérence dans la politique gouvernementale, qui « veut pourtant développer l’activité touristique et l’attractivité économique de notre pays » (FNAM, le 9 juillet).

Ces Assises organisées qui avaient débutées il y a plus d’un an ont un goût amer pour les compagnies qui avaient assisté à l’allègement de leurs charges (d’un montant théorique de 118 millions d’euros).

Une taxe qui pénalise Air France

Pour Air France, il s’agit d’une « mesure extrêmement pénalisante » exprime-t-elle dans un communiqué où elle rappelle que « 50% de l’activité est réalisée au départ de l’Hexagone ».

La compagnie estime ce nouveau surcoût à 60 millions d’euros par an, pour un total de 616 millions d’euros de taxes françaises annuelles. Cette taxe serait selon Air France « extrêmement pénalisante alors que 50% de l'activité est réalisée au départ de l'hexagone et alors que les pertes sur le réseau domestique ont atteint plus de 180 millions d'euros en 2018 ». Air France a par ailleurs ajouté que la « France compte parmi les pays taxant le plus le transport aérien en Europe », un comble alors que le pays a grandement profité de ce secteur l'un des rares fleurons qui reste au pays.

Parallèlement cette taxe aurait pour effet pervers de limiter les capacités d'investissement d'Air France pour renouveler sa flotte, les avions de nouvelle génération permettant de réduire la consommation de carburant.

Une taxe d'autant plus incompréhensible selon Air France « qu'elle vise à financer des modes de transport concurrents dont le transport routier et non la transition énergétique dans le domaine de l'aérien. Une telle transition aurait pu être favorisée par le soutien à la mise en place de filières de biocarburants durables ou d'innovations de rupture ».

La Bourse a joué l'action d'Air France en baisse suite à cette mesure : elle a fortement chuté jusqu’à perdre 4,5% pour se stabiliser faiblement à 3,01% de perte à 12h43, à 8,62 euros. Soit une perte nette importante de compétitivité financière en bourse dès l'annonce de cette mesure.

Le même phénomène a eu lieu pour les autres transporteurs aériens, notamment Lufthansa dont les actions reculent de 2,76% à 15h46 à la Bourse de Francfort et EasyJet qui perd 4,41%.

Les compagnies aériennes ont du mal à comprend la politique du gouvernement qui appelle le transport aérien à contribuer « davantage aux efforts de lutte contre l’effet de serre », soulignait François de Rugy, ministre de la Transition écologique et solidaire. Des propos populistes alors que le secteur ne représente que 2% des émissions globales de CO2.

Ecologie punitive contre attractivité

Une sensation croissante d’un acharnement gouvernemental sur le sol français commence à se répandre chez les professionnels du tourisme.

Les Entreprises du Voyage dénoncent une écotaxe contreproductive, en rappelant le faible impact des effets du transports aériens sur le réchauffement climatique.

Selon les Entreprises du voyage qui représentent de nombreux agents de voyage en France cette taxe: «  cède à la démagogie d'un mouvement de haine de l'avion. Taxer les passagers du transport aérien pour financer un mode de transport concurrent ne réduira en rien les effets du transport aérien sur le réchauffement climatique (moins de 3% de la production mondiale de CO2) ». Elles ajoutent que « cette éco-contribution n'est fléchée ni vers le soutien à la transition énergétique du transport aérien ni vers des projets d'absorption du CO2 généré par l'avion ».

Bizarrement les professionnels du tourisme ne semblent pas avoir participé au débat de création de cette taxe: là est peut-être la racine du mal français, un manque de démocratie.

Les Entreprises du voyage estime qu'une solution doit être mise en œuvre mondialement et non au niveau français : « afin d’accompagner une transition juste, nous pensons que l’industrie aérienne doit s’engager à une contribution planète qui intègrera les diverses composantes du prix de revient du transport, au même titre que les salaires ou l’amortissement des avions. Les produits de cette contribution planète , collectés par les aéroports et gérés par un organisme indépendant seront intégralement fléchés vers des projets dûment certifiés et non controversés d’absorption, de séquestration ou d’évitement du carbone. »

Cet attrait pour une contribution plus équitable est conforté par un besoin d’amélioration de l’attractivité des régions françaises, qui faiblit depuis l’effet Brexit (augmentation de 7,03 euros sur les départs de France vers le Royaume-Uni, alors que les Britanniques restent la 1ère clientèle touristique en France).

L’Union des Aéroports Français et Francophones s'insurge également contre cette taxe et lance un signal de détresse au gouvernement, rappelant l’impact négatif de cette réforme sur la connectivité des régions.

Elle dénonce : « la nouvelle taxe viendra inéluctablement détériorer la compétitivité des aéroports français, et notamment celle des aéroports régionaux, dans un contexte concurrentiel déjà fortement dégradé. »

L'aérien était jusqu'à présent l'un des rares secteurs porteurs en France tant au niveau des compagnies aériennes que des constructeurs. Cette taxe est une mauvaise nouvelle pour l'ensemble du secteur et devrait défavoriser tant la compagnie nationale Air France, qu'Airbus si d'autres Etats prévoient d'imiter la France. 

Taxer, la nouvelle idéologie politique

La France s'éloigne de plus en plus de l'économie de marché en multipliant les taxes dans tous les domaines.

Après avoir laminé le secteur des télécommunications ( Il n'y a plus aucun grand constructeur télécom français alors que notre pays était l'un des leaders mondiaux auparavant, voir Alcatel: vers un déclin technologique français ), avoir revendu myriades de sociétés françaises du fait de la perte de compétitivité (Arcelor, leader dans l'acier, Pechiney, leader dans l'aluminium, Lafarge leader dans le ciment, Alstom leader dans les transports et l'énergie), avoir plombé le rendement de l'immobilier via une taxation hors de contrôle (taxes foncières et CSG en hausse exponentielle, IFI ), l'aérien devient le nouveau secteur à taxer sous couvert de changement climatique.

Hors l'aérien ne représente que 2% des émissions mondiales de CO2.

Quant aux voitures qui émettent une bien plus grande part de CO2, là aussi le gouvernement n'a pour seule réponse que la taxation de l'essence d'où la révolte des gilets jaunes.

Pourtant aux Etats-Unis ou en Chine, la solution ne consiste pas à répondre à un problème par de nouvelles taxes. Ces pays misent surtout sur la compétitivité pour développer les solutions du futur.

Ainsi les Etats-Unis ou la Chine sont leaders dans la plupart des secteurs d'avenir ( télécommunications, Internet,biotechnologies, espace,intelligence artificielle...) pendant que la France taxe et détruit la compétitivité et la rentabilité de ses sociétés. Pourtant la France était l'un des leaders technologiques dans les années 60 et 70 sous De Gaulle et Pompidou.

Sans taxe, la Chine et les Etats-Unis sont ainsi devenus leaders de la production des batteries électriques.

Que fait la France? Elle taxe et ne produit rien : sa production de batteries électriques est marginale!

Pourtant c'est cela qui va changer le cours des choses le fait d'agir via l'innovation. Tout le monde connait Tesla mais quelle est la grande marque française de voitures électriques au niveau mondial?

Pendant que l'on taxe, nos concurrents, plus compétitifs développent des solutions de nouvelle génération.

L'industrie représentait 25% du PIB en France dans les années 70, elle en représente aujourd'hui 12%!

Dans l'aérien, Air France sera plus taxée que ses concurrents ( elle l'était déjà ) et donc moins compétitive que ses concurrents qui en profiteront pour grandir.

Cette taxe aura donc pour effet de déplacer l'activité des compagnies françaises vers leurs concurrentes.

Cependant tout n'est pas perdu pour les compagnies françaises : cette taxe est une distorsion de concurrence inacceptable au niveau européen et de l'économie de marché.

Les compagnies aériennes françaises vont sans doute attaquer cette décision au niveau européen pour concurrence déloyale ou distorsion de concurrence...Elles doivent ainsi lutter contre leur propre gouvernement en plus de leurs concurrents!

Avec cette taxe, la France s'éloigne un peu plus de l'économie de marché pour s'apparenter à une économie collectiviste ce qui n'augure rien de bon pour le futur.

Les européens doivent par ailleurs avoir du mal à comprendre cette démarche de taxation tout azimut en France, alors que notre pays est exemplaire en terme de CO2 par habitant grâce au nucléaire : la France n'est même plus dans le top 15 des pays industrialisé émettant le plus de CO2 par habitant et est en Europe la championne avec la Suède du kg de CO2 par kWh soit 0,09 contre 0,6 pour l'Allemagne ( 6 fois plus ) et 0,64 pour le Royaume-Uni.

Les émissions de CO2 en kg/kWh sont d'ailleurs visibles en temps réel sur www.electricitymap.org

Au vu de ces chiffres ce serait plutôt aux autres pays de faire des efforts qu'à la France.

Une taxe incompréhensible donc qui semble avoir été créée pour renflouer les caisses de l'Etat plombées par une mauvaise gestion...

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