Les pays européens sont les plus grands perdants de la guerre en Ukraine. L’Europe a été coupée de l’Asie et de la Russie et de ses matières premières.
L’Europe n’a plus accès au gaz russe et ne peut plus mettre en place de couloir économique via la Russie vers l’Asie.
L'expansion constante de l'UE pose aussi question de même que son but. L’UE est passée de 6 pays en 1957 à 27 membres aujourd’hui et ne cesse d’intégrer de nouveaux pays avec plusieurs candidats.
L’Union européenne ressemble désormais plus à un empire qu’à une zone économique.
L’élargissement continu de l’OTAN, parallèle à celui de l’UE, a créé une nouvelle menace pour la Russie.
Pourtant cette expansion avait été limitée dans des négociations lors de la réunification de l’Allemagne. Une question se pose alors : avec cette expansion de l’UE, les Français ou les Allemands au quotidien vivent-ils mieux ? Voit-on des progrès en terme de libertés civiles économiques, de libertés ? Il semble au contraire que le niveau de vie ne progresse plus et que les libertés soient de plus en plus menacées par une UE qui d'une zone économique se transformer en un état supranational toujours plus grand territorialement.
Un guerre qui aurait peu être évitée
Un article récent du Berliner Zeitung pose la bonne question : cette guerre était-elle inévitable ? Il semble que non.
Le journal allemand regrette la vision manichéenne qui réduit le conflit à un duel entre le Bien et le Mal : la Russie est vue comme un agresseur irrationnel, l’Ukraine comme victime innocente, et l’Occident chevalier blanc sauveur. Cette narration ignore la profondeur historique et les dynamiques de puissance.
Du côté russe, le récit est tout aussi simplifié : l’OTAN encercle la Russie, l’Ukraine est un État fantoche de l'Ouest et Moscou se défend contre une menace existentielle.
Il y a eu plusieurs occasions historiques manquées entre l'Europe et la Russie note le quotidien allemande, d’autant plus que Poutine était l’un des rares dirigeants russes à avoir vécu en Allemagne :
- Années 1990 : La Russie post-soviétique, affaiblie, tend la main pour un partenariat. L’Occident choisit l’expansion de l’OTAN plutôt qu’une nouvelle architecture de sécurité européenne inclusive alors que des promesses avaient été faites pour un non élargissement de l'OTAN vers l'Est lors de la réunification allemande.
- 2000 : Les propositions initiales de Vladimir Poutine pour une coopération plus étroite sont écartées.
- 2008 : Le sommet de Bucarest et la guerre en Géorgie referment une nouvelle fenêtre, avec la promesse d’adhésion de l’Ukraine et de la Géorgie à l’Alliance.
- 2014 : Le coup de force à Kiev et le non-respect des accords de Minsk marquent un point de non-retour avec un manque de volonté réelle d’application de la part des Européens.
Ce coup de force en 2014 était porté par le peuple qui protestait contre la corruption. Mais il faut souligner que ce coup de force pour faire partir un président élu démocratiquement aurait été attisé par les Occidentaux selon le documentaire Ukrain on Fire d’Oliver Stone. Au niveau de la corruption ou du niveau de vie des Ukrainiens ce coup de force n’a servi à rien, car leur situation est pire aujourd'hui.
Une guerre tragique pour la population ukrainienne mais aussi pour les populations des pays européens
L’Ukraine ne compte plus que 36,7 à 39,5 millions d’habitants contre 41 à 44 millions fin 2021. La population sous contrôle ukrainien n’atteint plus que 28 32 millions d’habitants. On estime la perte estimée en population à 8 à 10 millions de personnes en comptant les réfugiés, les morts, les migrations et la baisse de la natalité. A cause de la guerre la population continue de baisser de même que la natalité. Sans parler de l’exode des ukrainiens diplômés qui ne reviendront sans doute jamais. La conscription est obligatoire de 25 à 60 ans du fait de la loi martiale, la moyenne d'âge à l'armée est de 47 ans, l'économie est dévastée.
La révolte populaire de 2014 visait à critiquer la corruption : elle est plus que jamais présente
Le changement de régime n'a pas entrainé l'arrêt de la corruption. Elle est toujours présente (voir les achats immobiliers ukrainiens dans toute l’Europe depuis 2022) : une certaine élite est plus riche que jamais grâce au détournement des aides occidentales. 87 % des Ukrainiens estiment que la corruption est très répandue selon des enquêtes locales.
L’indice de perception de la corruption de l'association Transparency International n’a que très légèrement progressé. L'Ukraine était l'an passé au 104ème rang mondial avec un score de 36/100 contre 33/100 en 2022. Cela a entrainé des achats massifs ukrainiens de voitures de luxe et d’immobilier en Espagne, en Croatie, en Bulgarie et dans les Balkans, à Chypre. L’Express a parlé récemment d’un immense scandale de détournement de fonds touchant les proches du pouvoir.
La guerre a eu de graves effets économiques sur les pays européens
Pour les pays européens la guerre a entrainé une désindustrialisation accélérée, une crise énergétique et une situation de guerre par procuration avec la Russie qui peut dégénérer en guerre nucléaire (tactique ou généralisée) à tout moment. L’Europe, qui aurait pu servir de pont entre l’Atlantique et l’Eurasie, s’enferme dans un rôle de vassal affaibli et parallèlement la Russie s’est éloigné de l’Europe pour mettre en place un partenariat avec la Chine. Les peuples européens sont donc les grands loosers de cette guerre, comme pour toutes les guerres d’ailleurs. Celles-ci ne bénéficient qu’à quelques milliardaires ou industriels. On le voit en Ukraine avec un grande nombre de terres arables qui ont été cédées à des fonds de pension internationaux.
La hausse des dépenses militaires dans les états européens va être faite automatiquement sur les dépenses sociales et les européens seront là encore les grands perdants au contraire des industriels de la défense.
La paix serait dans l'intérêt des Français
Le Berliner Zeitung se demande ainsi si cet affrontement était inévitable, ou si les occasions de coopération ont-elles été répétitivement gaspillées ? La réponse penche clairement vers la seconde option.
Il est cependant encore temps de changer d’optique et de travailler pour l’apaisement en Europe.
Comme le disait de Gaulle, un pays n’a que des intérêts et pas d’amis.
Dans le cas de la France on ne voit pas trop l’intérêt de cette guerre alors qu’elle a perdu tout le marché russe et que les pays européens souffrent désormais d’un grave problème de compétitivité avec des prix industriels de l’énergie environ deux fois plus élevés qu’aux Etats-Unis.
Le rôle de l’UE est-il de s’étendre constamment pour devenir un empire ou ressembler à l’ex URSS ou de favoriser le développement économique et le bien être des populations?
Alors que la guerre en Iran vient de se terminer, il serait sage d’en faire de même en Ukraine.
En tant que voyageur, on ne peut que vouloir la paix, la guerre ne servant en général les intérêts que d’une infime minorité, peu l'ont compris malheureusement, les visions manichéennes et simplistes étant plus compréhensibles.
Sans prendre partie et en regardant factuellement cette guerre on ne voit aucun avantage ni pour l'Ukraine, ni pour la Russie, ni pour les Européens.
Car le gain des territoires (la vieille vision des gains territoriaux) n'est pas le plus important aujourd'hui alors que la population diminue partout en Europe. C'est d'avoir le plus de personnes actives, bien éduquées et vivantes pour être compétitifs dans l'économie du XXIème siècle. Et c'est surtout d'être leader technologique dans les technologies du futur.
Or la guerre réduit les forces vives tant en Ukraine qu'en Russie ce qui sera un désavantage pour le futur de ces deux pays. Pendant que les Européens font la guerre, les Américains et les Chinois développent à marche forcée les technologies du futur sans pertes humaines. Il est indéniable que les grands gagnants de cette guerre ne sont pas les Européens.
Lire l’article du Berliner Zeitung en allemand : https://www.berliner-zeitung.de/article/ukraine-krieg-russland-westen-verpasste-chance-analyse-geopolitik-putin-nato-10073999
