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Dans le cadre de la journée internationale du cancer qui a eu lieu le 4 février dernier, nous avons interrogé un pilote d’Air France, Jean-Jacques Trochon, qui a écrit un livre sur son parcours et sa lutte contre la maladie. Un magnifique témoignage sur la résilience...

Business Traveler France : quand avez-vous appris que vous aviez un cancer et comment avez-vous géré cette annonce et ses impacts sur votre vie professionnelle?

Jean-Jacques Trochon : j’ai appris ma maladie en 2003 alors que j’étais chez moi. Mes urines étaient rouges « extincteur ». J’ai été à l’hôpital en urgence où l’on m’a diagnostiqué un cancer du rein agressif et j’ai été opéré le lendemain. Contrairement à ce que l’on peut penser je n’ai eu aucun signe précurseur ce qui montre que la maladie peut-être en nous pendant de longues années avant que les symptômes apparaissent. J’ai fait ensuite une rééducation puis des séances de simulateur et 4 mois après j’étais à nouveau dans un avion. J’avais tellement envie de retrouver qui j’étais avant!

Business Traveler France: certaines études pointent le fait que les pilotes, stewards/hôtesses peuvent être plus enclins à développer des cancers du fait de rayons ionisants notamment des mélanomes ou cancer du sein? Le risque semble apparemment s’accroitre pour tous les cancers avec les années (voir https://ehjournal.biomedcentral.com/articles/10.1186/s12940-017-0295-4).

Jean-Jacques Trochon : il y a eu peu d’études sur le sujet mais il y a un grand nombre de pilotes, hôtesses et stewards qui ont des cancers. En effectuant 4/5 vols par mois c’est propice à déclencher une inflammation silencieuse. Mais mon expérience internationale m’a beaucoup aidé suite à mon diagnostic. J’ai contacté des médecins aux Etats-Unis où j’ai vécu enfant pour m'aider, un peu comme à l’école aux Etats-Unis où le sport et l’esprit d’équipe sont importants. J’ai pris contact avec des médecins comme le Docteur William Li, qui est l’un des précurseurs de l’Anti-angiogenèse, le Professeur Valter Longo, le Professeur Thomas Seyfried et d'autres. Tout ceci pour soigner mon cancer. Je me suis intéressé au jeûne, au régime cétogène.

Dans mon cas on m’avait dit qu’au bout de 5 ans sans récidive j’étais guéri. J’ai ainsi pu passer sur long-courier pour piloter le B777.

Business Traveler France : en ayant vécu aux Etats-Unis, ne pensez-vous pas que le système de formation des pilotes français est bien trop axé sur le bachotage en sélectionnant des maths sup/Spé pour entrer à l’ENAC?

Jean-Jacques Trochon : j’ai baigné dans le pilotage depuis tout petit. Mon père était pilote de chasse puis pilote de ligne. J’ai commencé à 15 ans et j’ai été qualifié à 19 ans. En arrivant des Etats-Unis, il a fallu que je repasse tous les certificats dans une école du nord de la France pendant 8 mois. On nous apprenais la navigation astrale qui ne servait à rien pour piloter. C’est justement pour former des pilotes de manière moins théorique qu’à l’ENAC qu’Air France a créé une filière Cadets. En 1988 j’ai passé les concours UTA, Air France et Air Inter, et j’ai été reçu aux trois. Mais je n’ai pas de mérite, ils recherchaient beaucoup de pilotes à l’époque. Après quelques jours chez UTA je suis finalement passé chez Air France où j’ai eu la chance de piloter un des premiers Airbus, l’A300.

Business Traveler France : quelques années plus tard, votre maladie est finalement revenue frapper à la porte?

Jean-Jacques Trochon : oui 9 ans plus tard en 2012. En atterrissant à l’île de la Réunion j’ai senti une douleur derrière le dos à l’endroit où j’avais été opéré. Sur la route pour aller à l’hôtel des Villas du Lagon à Saint Gilles la douleur était très présente. J’ai donc décidé de reprendre rendez-vous à mon retour en métropole. Et là on a découvert 10 nodules dans mon poumon droit et 8 dans mon poumon gauche. J’ai eu la chance qu’un chirurgien veuille bien m’opérer alors que mon cancer était au stade 4. Ils ont sorti les deux poumons à 3 mois d’intervalle et ont enlevé tous les nodules. Certains étaient nécrosés. Je pense que mon alimentation cétogène, anti-angiogenique et mes jeûnes ont permis cela. J’avais jeûné 13 jours avant l’opération chirurgicale. 1 an après j’étais Commandant de bord sur A380 et ma vie reprenait. Puis en 2018, la maladie est encore une fois revenue. On m'a trouvé 4 nodules dans les deux poumons. Cette fois ils ont été enlevés par Cryothérapie, une procédure bien moins invasive. Et là j’ai dit, c’est la fin pour moi. Ce n’est pas que la médecine des licences ne m’incitait pas à reprendre les vols, mais c'était trop et à 58 ans…

Je suis donc parti en perte de licence.

Business Traveler France : vous avez changé de vie?

Jean-Jacques Trochon : il y a tant de douleur, de malades que j’ai envie de les aider avec mon expérience. Et puis quand on a un cancer c’est si dur d’être suivi : on voit un oncologue 30 minutes puis plus rien pendant 3 mois. La structure familiale s’écroule souvent. Je me suis retrouvé à pleurer devant le parcours de certains malades. C’est devenu une passion et c’est pourquoi j’ai écris ce livre Flying Against The Odds qui raconte mon parcours pour aider d’autres malades. Le cancer est devenu un problème qui touche tout le monde dans nos sociétés. Une personne sur deux aura un cancer d’ici 2050 et on ne parle plus d’âge car de nombreux malades sont jeunes. C’est du à notre mode de vie, à notre nourriture bourrée d’herbicides, de pesticides, à la malbouffe l’obésité…Dans mon livre j’explique les principes que j’ai appliqué : diète cétogène, jeune intermittent, jeûne mensuel de 5 jours d’affilée, aliments anti-angiogénèse, importance du microbiote intestinal, utilisation de la phycocyanine produite en photobioréacteurs.

Business Traveler France: les voyages ne vous manquent pas? Vous ne vous sentez pas un peu à l’étroit en France?

Jean-Jacques Trochon : j’ai vécu aux Etats-Unis à Tahiti en Afrique, ma femme est anglaise et je vis au Pays Basque, donc je ne vis pas en France (NDLR: blague).

Business Traveler France: quels sont vos endroits préférés dans le monde?

Jean-Jacques Trochon : la Polynésie dans son ensemble. J’y ai appris à surfer et les odeurs, les saveurs y sont particulières, sans égal. Le goût d’un pamplemousse polynésien est unique. Mon rêve serait de retourner au Cap et de visiter à nouveau les réserves et de voir sentir cette face sauvage. J’aime bien aussi Singapour, une ville très verte et Hong Kong la cosmopolite. Quant à Sydney, c’est l’un de mes endroits préférés. J’ai eu la chance d’y être basé pendant quelques mois. La vue de la baie est sublime lorsque l'on fait une approche en long-courrier. C’est une ville où l’on se sent tout de suite chez soi, ouverte et libre. Peut-être est-ce la présence de l’océan partout autour de nous, qui donne cette impression de liberté…

Plus d'informations :

against theodd- Jean-Jacques Trochon a publié un livre sur Amazon : Flying Against The Odds.

- Il a également mis en ligne un site web: jeanjacquestrochon.com.

Si vous voulez participer, faire un don pour lutter contre les cancers:

www.ligue-cancer.net/

  

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