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Le marché de l'aviation commerciale connait des bouleversements sans précédent en Inde. Le pays se prépare à devenir le troisième acteur mondial et multiplie les intiatives tant au niveau des investissements, que des liaisons régionales, de l'assouplissement des règles de sécurité ou des critères nécessaire spour opérer des vols internationaux. Air India se prépare par ailleurs à être privatisée...

En écrivant cet article en novembre 2017, j'avais fini une année de nombreux vols intérieurs et internationaux. Cela incluait des vols vers quelques villes de niveau II (Porbander, Lucknow et Guwahati) et quelques villes de premier rang (Delhi, Mumbai et Bengaluru), où j'ai observé quelques tendances comme l’amélioration des performances des compagnies aériennes, la facilité des correspondances et la sécurité accrue dans les aéroports.

Les performances améliorées des compagnies aériennes dans les délais pourraient être dues aux nouvelles règles imposées par la DGCA (Direction générale de l'aviation civile) en septembre 2016. Selon le nouveau règlement, si le vol ne décolle pas dans les cinq minutes après le feu vert du contrôle du trafic aérien, il devra être repoussé à l'arrière de la file d'attente où il devra attendre le prochain créneau disponible pour décoller.

Auparvant, si le vol prévu pour le décollage ne partait pas à temps, il retardait également les autres vols dans la file d'attente.

Avec cette nouvelle procédure, les compagnies qui sont bien organisées et décollent à l’heure ne sont pas gênées par les autres. Déosmrias, les compagnies aériennes indiennes font maintenant des efforts pour éviter d’arriver en retard sur la piste.

Parallèlement à cela, il y a eu une hausse évidente des fréquences des vols, des itinéraires et des passagers dans le monde l'aviation commerciale indienne.

L'Association du transport aérien international (IATA) avait publié un rapport intéressant en 2017 qui prévoyait d'importantes tendances touristiques à venir dans le monde.

L'INDE BIENTOT LE TROISIME MARCHE AERIEN AU MONDE?

Selon lui, environ 7,8 milliards de passagers voleront en 2036 dans le monde soit un quasi-doublement des quatre milliards de voyageurs aériens attendus en 2018.

De ces chiffres, la croissance devrait provenir principalement de la région Asie-Pacifique. Ce sera la source de plus de la moitié des nouveaux passagers au cours des deux prochaines décennies. En termes de taille du marché, le Royaume-Uni passera de la troisième à la cinquième place. L'Inde dépassera le Royaume-Uni en tant que troisième plus grand marché aérien dans le monde d'ici 2025. En 2026, le pays (l'Inde) comptera 337 millions de nouveaux passagers et un total de 478 millions de voyageurs aériens. Ce sera plus que le Japon (un peu moins de 225 millions) et l'Allemagne (un peu plus de 200 millions) combinés.

La prédiction selon laquelle l'Inde devrait dépasser le Royaume-Uni en tant que troisième plus grand marché aérien d'ici 2025 réjouit l’industrie hôtelière et les entreprises du touristique.

Ces prévisions ont encouragé le gouvernement à améliorer le secteur de l'aviation, comme il le fait manifestement depuis quelques années. Le gouvernement réalise le potentiel de cette industrie et de la forte population de la classe moyenne de l'Inde d'environ 35 millions de personnes qui bénéficie d'un pouvoir d'achat accru.

Afin de rendre les vols abordables pour tous, les tarifs aériens ont été réduits de 18% en 2016 par rapport à 2015.

Selon la politique de l'aviation civile de 2016, si chaque Indien de la classe moyenne effectue un vol annuel, il en résultera la vente de 35 millions de billets. L'aviation indienne dépend fortement de la capacité de l'Indien de classe moyenne à prendre son envol.

FORTE HAUSSE DES LIAISONS REGIONALES

spicejet inde

Le manque de liaisons régionales est une autre raison pour laquelle les indiens de la classe moyenne n’ont pas pris beaucoup l’avion jusqu'à récemment.

Le système de trains historique du pays s'est toujours révelé fiable.

Cependant, grâce à la baisse du prix des billets d'avion et à la commodité croissante des voyages en avion, il y a eu une transition notable dans la façon de voyager de l'homme ordinaire en Inde.

Pour encourager ce changement, une initiative gouvernementale appelée le programme UDAN (Ude Desh ka Aam Naagrik),qui ses traduit littéralement par «pour que vole l'homme ordinaire de l'Inde», a été annoncée en octobre 2016 et mise en action en avril 2017.

Elle a été lancée pour relier les aéroports sous-desservis et non desservis de l'Inde à des villes plus importantes, et vise également à rendre le transport aérien plus abordable pour le citoyen indien moyen (NDLR : les aéroports sous-desservis ne disposent pas de plus d'un vol par jour et les aéroports non desservis ne sont pas desservis par les vols)

Le Premier ministre Narendra Modi a inauguré trois routes pour lancer ce projet ambitieux : Shimla-Delhi, Kadapa- Hyderabad et Nanded-Hyderabad en avril.

Suite à cette initiative, les liaisons régionales ont connu une croissance spectaculaire.

Dans le cadre du plan UDAN, le gouvernement a choisi cinq compagnies aériennes pour opérer 128 routes : Alliance Air (pour opérer 15 routes), Air Deccan (pour exploiter 34 routes), Air Odisha (pour exploiter 50 routes), SpiceJet (pour exploiter 11 routes ) et Turbo Megha Airways (pour exploiter 18 routes).

Ensemble, elles relieront 27 aéroports desservis, 31 aéroports non desservis et 12 aéroports sous-desservis.

Dans le deuxième appel d'offres lancé par l'UDAN en août dernier, le gouvernement a mis sur la table 141 autres propositions couvrant un total de 502 routes, illustrant l'importance croissante des liaisons régionales pour l'aviation civile indienne.

Les destinations de niveau II, y compris Haridwar, Tezpur, Tirupati, Srinagar, Shillong et Imphal sont inclues dans ce programme.

ASSOUPLISSEMNT DES REGLES POUR LES VOLS INTERNATIONAUX

Avant le lancement du programme UDAN, les autorités de l'aviation civile ont annoncé deux modifications qui vont transformer la manière dont l'industrie aéronautique indienne mène ses activités.

La première est la modification de la règle 5/20 selon laquelle les transporteurs nationaux étaient tenus de compléter cinq années de vols opérationnels et une flotte minimale de 20 avions pour pouvoir opérer des vols vers l'étranger.

vistara inde

En février 2016, Tata Sons (la holding indienne qui maintient des coentreprises avec AirAsia et Singapore Airlines pour AirAsia India et Vistara respectivement) avait ouvertement exprimé son opposition à la règle 5/20.

« Jusqu'à présent, la règle du 5/20 n'a profité qu'aux compagnies aériennes étrangères, qui ont capturé 70% du trafic international en provenance de l'Inde, en prenant avec elles des emplois et des revenus indiens. On estime que l'élimination de la règle stimulera le trafic international à destination et en provenance de l'Inde pour atteindre plus de 100 millions de passagers d'ici 2021 et stimulera le marché intérieur. La concurrence accrue dans le pays contribuera encore à la baisse des prix (des billets d'avion) et à une plus grande accessibilité des voyages aériens aux gens ordinaires » avait déclaré un responsable de la compagnie dans un communiqué.

En mars de la même année, suite à des discussions engagées par le ministre de l'Intérieur, Rajnath Singh, il aurait été décidé de supprimer la règle des 5/20.

Un changement officiel a été annoncé dans le cadre de la Civil Aviation Policy en juin 2016, éliminant ainsi une partie de la restriction.

À l'avenir, les transporteurs n’auront plus besoin d'avoir accompli cinq années de service sur les routes intérieures pour voyager à l'étranger; mais ils auront toujours besoin d'exploiter une flotte d'au moins 20 avions ou de réserver 20 pour cent de leur flotte pour les routes intérieures, selon le taux le plus élevé des deux, avant de pouvoir élargir leurs horizons à l'échelle mondiale.

Sur les sept acteurs nationaux de l'industrie aéronautique civile indienne, les coentreprises de Tata Sons ( AirAsia India et Vistara ) vont le plus bénéficier de ce changement de politique. Les deux compagnies aériennes ont commencé leurs opérations en 2014 et 2015 respectivement.

« Bien qu'un 0/0 ou un 0/10 aurait été plus que bienvenu, les amendements qui ont été apportés à la politique sont encourageants. Nous allons maintenant nous concentrer sur des investissements agressifs en Inde et augmenter la taille de la flotte à 20 avions » explique Amar Abrol, PDG d'AirAsia India.

AirAsia India prévoit de lancer des vols internationaux dans la seconde moitié de 2018, après avoir déployé 20 avions dans sa flotte (elle en possède actuellement 14 avions).

Amar Abrol l'a confirmé dans une interview accordée à LiveMint en novembre 2017: « Nous sommes sur la bonne voie pour lancer nos lignes internationales dès que nous atteindrons 20 avions en Inde l'année prochaine (2018). Nous prévoyons que nos activités en Inde seront très rentables une fois que nous aurons commencé à emprunter des routes régionales et à les relier à notre vaste réseau. »

Vistara devrait également débuter ses activités internationales à la même époque.

La joint-venture Tata Sons-Singapore Airlines possède actuellement 16 avions et a annoncé qu'elle recevrait son 20ème avion d'ici la fin de l'exercice en cours, qui se terminera le 30 mars 2018. Elle recevra ensuite deux autres appareils d'ici mi-2018 , qui servira principalement à ses opérations internationales.

L'INDE VEUT FACILITER LES INVESTISSEMENTS ETRANGERS

Le deuxième grand amendement intervient une semaine après l'annonce de la politique de l'aviation civile en juin 2016.

Afin d'accroître les flux d'investissement dans le pays, l'Inde a ouvert à 100% les investissements étrangers directs (IDE) aux entreprises étrangères dans les compagnies aériennes nationales. Malheureusement cette règle ne s'applique pas aux compagnies aériennes.

Les compagnies aériennes étrangères ne sont autorisées à investir que jusqu'à 49 pour cent au sein du capital d'une compagnie aérienne indienne. Cette nouvelle règle facilite cependant la création d'un transporteur national en Inde par des acteurs internationaux.

Les compagnies aériennes n'ont plus besoin de chercher un partenaire indien, mais s'allier à des investisseurs privés étrangers qui ne sont pas dans l'aérien.

Qatar Airways a été la première compagnie aérienne à annoncer son intérêt manifeste pour l'exploitation d'un transporteur national en Inde.

Lors du salon ITB Berlin 2016, un porte-parole de Qatar Airways a cité son directeur général, Akbar Al Baker, sur un projet de création d'un transporteur en propriété exclusive pour opérer des lignes domestiques en Inde.

Le transporteur du Golfe a déclaré qu'il collaborerait avec Qatar Investment Authority pour cette entreprise, la première initiative de ce genre dans le secteur de l'aviation en Inde. Akbar Al Baker a ajouté qu'il n'avait pas encore présenté la proposition au gouvernement indien.

L'annonce n'a pas été une totale surprise, car la compagnie aérienne du Golfe s'intéresse également à IndiGo Airlines depuis de nombreuses années.

SIMPLIFICATION DES MESURES DE SECURITE DANS LES AEROPORTS

En plus de mettre en œuvre des modifications qui transforment en profondeur le secteur de l'aviation à un niveau macroéconomique, le service de sécurité de l'aviation civile (CISF) a annoncé le retrait progressif de la pratique du marquage des bagages à main.

Cette décision a été lancée en décembre 2016 en tant que projet pilote dans six aéroports : Bengalore, Chennai, Delhi, Hyderabad, Kolkata et Mumbai.

Afin de faciliter le fonctionnement de ce nouveau protocole, un comité comprenant le CISF, le BCAS (Bureau de la sécurité de l'aviation civile) et des responsables des aéroports a été mis en place en 2016.

Récemment, les aéroports de Goa, Pune, Nagpur et Trichy se sont joints à cette initiative en supprimant les étiquettes de bagages après vérification de sécurité. Avec ces développements, un total de 23 aéroports à travers l'Inde ont arrêté la pratique redondante et fastidieuse - rendant le contrôle de sécurité relativement plus rapide et plus simple. Au moment de la parution de cet article, 27 autres aéroports indiens dont Jodhpur, Port Blair, Aurangabad, Bhopal, Tirupati, Imphal et Jorhat s’apprêtaient à mettre en place ces nouvelles procédures.

AIR INDIA : LA CHUTE D'UN GEANT

Alors que je mentionne les événements marquants de l'aviation indienne, il est impossible de passer sous silence le projet de privatisation d’Air India. C'est en juin 2017 que le gouvernement de l'Inde a privatiser la compagnie aérienne Air India très endetté

e. Depuis lors, un groupe de ministres, dirigé par le ministre des Finances Arun Jaitley, a détaillé comment faire avancer ce dossier.

Deux options ont été proposées : la première comprend la vente des filiales de la compagnie aérienne avant la vente finale d'Air India; et la deuxième option consiste à vendre la compagnie aérienne «tel quelle». (Ce dernier terme est un terme juridique qui signifie que l'acheteur achète l'article en vente dans toutes ses conditions et avec les responsabilités qu'il pourrait avoir.)

Actuellement, Air India a une dette d'environ 52 000 ₹ crore. Ses actifs valent 30 000 ₹ crore : ingénierie, propriétés, quelques œuvres d'art et filiales.

En outre, une modification de la politique d’investissement étranger empêche Air India d'être vendue à une société / compagnie aérienne 100% étrangère. Elle pourra toutefois être vendue à une coentreprise dans laquelle une société partenaire est enregistrée en Inde et détient une participation minimale de 51 pour cent.

Cela permettra à Vistara et AirAsia India de faire une offre pour le transporteur national.

Si l'on en croit les rumeurs, le groupe Tata regarde Air India depuis un moment.

Cependant, IndiGo Airlines est la seule compagnie aérienne à manifester ouvertement son intérêt pour les opérations internationales d'Air India (NDLR: elle s'est retirée depuis et d'autres acteurs ont montré leur intérêt, voir en fin d'article).

Lors d'une discussion interne sur les projets futurs d'IndiGo Airline concernant les vols internationaux long-courriers, Business Traveler India s'est entretenu avec Rahul Bhatia, co-fondateur d'IndiGo Airlines.

Il nous a indiqué : «tout simplement, nous sommes intéressés par les opérations aériennes d'Air India. Et plus spécifiquement, par les opérations internationales d'Air India et d’Air India Express. C'est ce que nous avons communiqué dans nos discussions individuelles avec les représentants du gouvernement ».

En septembre 2017, le gouvernement indien a invité des banquiers d'affaires, des cabinets d'avocats et d'autres entités à présenter des demandes de conseils sur la vente des actifs stratégiques d'Air India. Cependant, il semble y avoir un retard indéfini dans le processus de privatisation du transporteur national.

Il est peu probable que cela se produise au cours de l'exercice 2017-2018, une divergence par rapport au plan initial qui prévoyait la fin du processus en 2018.

 

HAUSSE DU TRAFIC MAIS HAUSSE DES PLAINTES EGALEMENT

Il s'est passé beaucoup de choses dans notre secteur de l'aviation au cours des dernières années. : politiques gouvernementales plus favorables, assouplissement des investissements assouplies, acteurs proactifs... Le futur parait excitant même si...le chemin pour devenir le troisième plus grand marché aérien du monde n’est pas une longue marche tranquille.

La forte augmentation du trafic de passagers en Inde a été directement proportionnelle aux plaintes reçues de la part des clients.

En octobre 2017, le trafic a augmenté pour atteindre 1 million de passagers. Parallèlement selon la Direction Générale de l'Aviation Civile (DGAC), le nombre de plaintes déposées est passé de 606 en septembre 2017 à 656 en octobre 2017.

Selon la DGAC, le service à la clientèle représentait 30,5% des motifs des plaintes, le comportement du personnel 7,5% et les problèmes de bagages 22%.

Le prix des billets, le remboursement et la restauration ont été quelques-uns des autres motifs déclencheurs de griefs de la part des clients. Et on ne parle que des plaintes qui ont été prises en compte. Pendant ce temps, les journaux rapportent fréquemment des incidents qui vont du personnel haut placé aux passagers célèbres en difficulté...

Au niveau du dossier Air India, il est à noter que depuis la parution de cet article d’autres compagnies aériennes se sont montrées intéressées par la privatisation de la compagnie nationale dont Lufthansa et Singapore Airlines (membres de Star Alliance comme Air India) ainsi que British Airways et des compagnies aériennes du sud-est asiatiques. Une source au sein de Lufthansa a indiqué que la compagnie allemande aurait nommé quelqu’un pour étudier en détail la vente de la compagnie nationale indienne.

D’autres sources ont indiqué dans les dernières semaines que Jet Airways associée à Air France/KLM ainsi que le groupe turc Celebi Aviation Holdings s’intéresseraient à la privatisation.

Par contre la compagnie low-cost indienne Indigo qui était initialement pressentie a finalement décidé de ne pas participer à cette privatisation.

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