A écouter la presse française, le Brexit a été une calamité pour le Royaume-Uni. Le Monde titre « Le Brexit a eu un impact négatif... », selon Liberation le Brexit aurait conduit à « la décennie du gâchis » et le quotidien les Echos estime selon lui que les dégâts sont « incontestables » sur l’économie britannique.
On voit donc une unanimité en France de la presse de droite comme de gauche contre le Brexit.
C’est intéressant car une unanimité est par nature gênante dans un pays libre et démocratique : on l’a vu pendant le Covid la presse française a été politiquement correct, sinon la plus propagandiste des pays occidentaux en parlant très peu des avis divergents sur l’origine artificielle du virus, sur la nécessité de vacciner toute la population au lieu des personnes fragiles uniquement ou sur le confinement à grande échelle. Des pays comme la Suède ont été bien plus libres et la presse surtout bien plus critique vis à vis du gouvernement.
La France et l'Allemagne dans une situation économique désastreuse rarement vue par le passé
La presse française estime que le Brexit a été négatif mais ne parle pas de la situation française ou allemande : serait-ce pour cacher les maux terribles des deux principales économies de l'UE?
Alors parlons-en.
Les politiques de l’UE ont conduit les deux principales économies à une situation de crise.
Comparons d’abord la situation de la France et de l’Allemagne en 2025 avec celle d’avant l’euro : l'arrivée de la monnaie unique ayant été l'évènement économique principal de l'intégration européenne de ces dernières années.
En 2025, la croissance en France a été de 0,9 % contre 0,2 % pour l'Allemagne : une situation de quasi stagnation pour les deux économies. La prime française est due en grande partie à la hausse de l'endettement qui est un boulet pour les générations futures. La France a de plus acheté de la croissance à crédit.
La France a perdu énormément d’emplois industriels depuis les années 2000 et l’Allemagne connaît désormais une crise de désindustrialisation marquée avec 248 000 emplois perdus entre 2019 et 2025 sans compter une accélération de la fuite des Allemands hors du pays jamais vue en temps de paix. L'industrie manufacturière représentait en France en 1998 environ 15% du PIB contre 9,8% aujourd'hui : c'est une chute catastrophique. Elle avait à l’époque une base industrielle encore solide et l’Allemagne connaissait un âge d’or de son industrie.
En 1998 , l’année avant l’Euro la France présentait une croissance de 3 à 3,5 % contre 2,1 à 2,7 % pour l’Allemagne soit bien plus qu'aujourd'hui.
La dette publique française ne représentait que 59,6 à 61 % du PIB contre 115,6 % aujourd’hui : une grande part de la croissance française depuis a donc été achetée à crédit. La presse française appelle cela un succès?
La dette UK est élevée historiquement (niveaux des années 1960), mais elle a été mieux maîtrisée que celle de la France grâce à une banque centrale nationale qui peut agir plus souplement.
L’euro a bien contribué à la perte de compétitivité-coût pour la France (pas de dévaluation possible, inflation allemande plus basse historiquement, coûts salariaux/énergie élevés). C’est un fait structurel reconnu par beaucoup d’économistes français (y compris pro-euro). L’Allemagne en a longtemps profité via son excédent commercial, mais subit maintenant les chocs énergétiques et chinois sans marge de manœuvre monétaire nationale.
Factuellement la situation économique des deux grandes puissances européennes est bien pire aujourd’hui qu’en 1998 et cela est en grande partie due aux inefficiences économiques de l'euro.
Sans compter la perte d’influence française dont nous avons parlé dans cet article : l'Union européenne tire-t-elle la France vers le bas?
Pour Brendan Smith, la France n’est plus une grande puissance du fait notamment de son appartenance à l’UE.
On ne parle pas non plus d'une autre tendance celle de voter par les pieds en UE comme les huguenots à une époque. Il est amusant qu'alors que la presse française critique le Brexit de plus en plus de Français et d'Allemands quittent leurs pays du fait d'un niveau de normes et d'administration étouffant et d'une situation économique désastreuse. 97 000 Allemands de souche ont quitté le pays l’an passé contre 81000 en 2024 soit une hausse de 19,75 %. C'est énorme alors que la population baisse et que l'immigration se développe toujours plus.
Qu'a produit l'UE depuis le Brexit? Des normes, des bureaucrates, de la corruption durant le Covid, de la culpabilité et de la destruction industrielle avec le pacte vert, des prix de l'énergie élevé via des choix douteux autour de l'éolien et du solaire. Pendant ce temps les USA et la Chine innovent et sont bien moins dépendants de normes et de bureaucrates hors sol.
Voilà au niveau de l’Allemagne et de la France.
Personne ne parle des critiques anglaises de l'UE : alors parlons-en!
Le Sunday Times note ainsi que depuis le départ du Royaume-Uni, « le bloc économique européen est devenu plus faible ». « La tendance notoire des bureaucrates bruxellois à étouffer l’innovation dès sa naissance ne s’est pas atténuée. Même les pays européens les plus avancés sur le plan technique doivent encore faire face à des coûts réglementaires et énergétiques élevés » note le Sunday Times avec raison. Tous les Français peuvent le constater. Dans la plupart des secteurs, l'UE signifie plus de bureaucratie de normes qui étouffent l'initiative privée.
« Alors que des personnalités du Parti travailliste comme Peter Kyle, le ministre chargé des Affaires économiques, affirment que le marché unique est « là où la magie opère », bon nombre des avantages supposés de l’appartenance à un grand bloc commercial se sont révélés illusoires. Alors que nous en faisions partie, nos exportations vers les autres États membres ont augmenté de 1 % par an, soit un rythme bien plus lent que celui des exportations vers le reste du monde » ajoute l’article. Et le Brexit a permis de libérer des coûts très importants, le Royaume-Uni était le 4ème contributeur au budget européen avec environ 11 milliards d'économies par an.
11 milliards par an cela fait beaucoup d'hôpitaux.
Le Brexit n'a pas été un choc économique comme annoncé loin de là, c'est plutôt un succès en terme de croissance du PIB
Maintenant qu’en est-il factuellement au niveau de l’économie du Royaume-Uni ? La croissance du PIB est plus faible en 2025 avec 1,1 à 1,3 % contre 2,1 à 2,4 % en 2015 mais elle reste bien supérieure à celle de la France ou de l’Allemagne. En terme de croissance le différentiel atteint plus d’un point avec la France et deux points avec l’Allemagne avec bien moins de dette que la France.
Le Royaume-Uni va incontestablement mieux que la France ou l’Allemagne en terme de croissance économique. Le taux de chômage a par ailleurs baissé de 5,1 à 5,5 % en 2015 à 4,9-5,2 % en 2025, là aussi il y a une amélioration bien que légère.
Si l'on prend en compte les données depuis le Brexit en 2016, le PIB du Royaume Uni a augmenté de 8 % soit un peu moins que la France (8,5% mais au prix de quel endettement?) mais bien plus que l’Allemagne (5,8%) ou l’Italie (6,5%). Le Brexit a donc été un succès en terme de croissance.
La dette publique a augmenté de 81 à 94 % du PIB bien plus faiblement qu’en France. Mais cet endettement a été porté par des gouvernements de gauche la majorité du temps, qui ont suivi une politique peu conforme à l’esprit du Brexit notamment au niveau des mesures anti-immigration : peu a été fait pour arrêter les flux migratoires. Ces gouvernements n’ont pas mis en œuvre toutes les réformes initiales prévues par le Brexit, ils ont même freiné le processus/saboté le processus comme l'a expliqué dans une vidéo John Laughland, spécialiste du Royaume-Uni.
Keir Starmer très peu populaire du fait de son approche pro-européenne vient de démissionner et justement le parti pro-Brexit n’a jamais été aussi haut dans les sondages.
« La Grande-Bretagne est confrontée à bon nombre des mêmes défis posés par la Chine, la Russie et les États-Unis. Mais dans leurs réponses, le Royaume-Uni et l'UE ont pris des voies différentes. Londres reste la capitale financière de l'Europe. En matière d'IA, la Grande-Bretagne se classe troisième derrière les États-Unis. Merz est aujourd'hui plus impopulaire que Scholz à son plus bas ; en effet, cet homme d'affaires à lunettes est aussi décrié que son homologue français Emmanuel Macron » note le Sunday Times.
« The Brexit was not a terrible mistake » (Le Brexit n’a pas été une terrible erreur) estime quant à lui The Telegraph.
« Alors que les partisans du Remain avaient promis un choc économique profond et immédiat, il n’a pas eu lieu » note The Telegraph. Cela avait surtout servi à créer de la peur comme le fait la presse française aujourd'hui avec le Frexit ou une transformation totale de l'UE en une Europe des nations. Il faut dire que les instances supra-nationales sont bien vues pour certains Français : elles profitent avant tout à une petite minorité de politiques, hauts fonctionnaires et industriels d'où son soutien par la gauche comme par la droite et par une grande partie de la presse.
Avec le Brexit le Royaume-Uni a repris sa souveraineté et a donné une leçon de Démocratie aux élites françaises
The Telegraph note comme nous, que le Royaume-Uni a connu une croissance supérieure ou similaire à ses grands voisins européens, que ses exportations totales ont augmenté plus rapidement que celles des États-Unis dans certains cas, avec un rééquilibrage vers le reste du monde (au-delà de l’Europe de l’Ouest). Le pays bénéficie désormais d’une grande souveraineté et est resté une grande puissance au contraire de la France bridée par l’UE.
Et surtout au contraire de la France, le Royaume-Uni est resté une vraie Démocratie en suivant le choix d’un référendum. Le 24 juin 2016 51,9 % des britanniques ont voté pour quitter l’UE.
Au contraire en France, en 2005, 54,67 % des Français avaient voté contre la constitution européenne qui a été pourtant adoptée dans une version modifiée avec le traité de Lisbonne avec une forte impression de déni de Démocratie. Depuis l'UE n'a cessé de prendre toujours plus de prérogatives sans l'aval des Français.
C’est sans doute le plus grand succès du Brexit. Le Royaume-Uni a prouvé qu’il était une vraie démocratie avec des médias relayant toutes les opinions. On est très loin du politiquement correct français et de l’intégration forcée à une UE supranationale avec ses lois subrogatoires...
Le parti pro Brexit, Reform est aujourd’hui le plus grand parti anglais avec 268 000 adhérents contre 250 000 pour le Labour.
Il est par ailleurs le parti avec le plus d’intentions de votes soit 27 % loin devant les Conservateurs (19%) ou les travaillistes (19%). On est bien loin des scores enregistrés par les partis des dirigeants de France ou d'Allemagne.
C’est factuel et cela montre que pour beaucoup d’Anglais le Brexit a été un succès et pour la Démocratie et pour l'économie quoi qu’en disent les journaux français. Quant à la participation de la France à l'euro, elle a été en grande partie un échec qui a eu de graves répercussions industrielles et financières notamment via l'endettement, un déficit commercial structurel, une croissance affaiblie et une désindustrialisation record. La BCE suit surtout les besoins allemands avec un impératif de rigueur. La France aurait probablement eu besoin de taux plus bas et d’une monnaie plus faible pour soutenir son industrie et sa croissance. Le Royaume-Uni au contraire de la France est désormais maitre de ses lois en plus de sa monnaie (elle n'a jamais voulu participer à l'euro à juste titre), ce qui en fait un pays souverain au contraire de la France. C'est un atout immense dans le monde qui se dessine. Un monde où l'agilité et la capacité à attirer des talents sera plus importante que la taille. On le voit bien avec des pays comme Taïwan, Singapour, la Corée du Sud, la Suisse ou avec les start-ups qui ridiculisent les grands pays comme la France et les sociétés bien établies.
