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 De l'art à l'architecture, en passant par les transports et l'ingénierie, Turin connait  aujourd'hui  une véritable renaissance esthétique.

A l'approche d'un virage parabolique, le sol décrit une courbe sous mes roues, et j'accélère sans me poser de question, avec en arrière-plan les montagnes lointaines qui entourent Turin, sous la chaleur du soleil matinal. Parcourir la vieille piste d'essai de Fiat, sur le toit de l'usine de Lingotto à Turin est une expérience incomparable. C'est un moment reposant, en surplomb de la ville de Turin, avec, en plus, le frisson de la mécanique.

Pour les Italiens, Turin est synonyme de grisaille, d'une ville industrielle sans aucun intérêt, si ce n'est d'y voir un match de football de sa célèbre équope de la Juventus.

Mais la ville de Turin, comme la région environnante, est depuis des décennies à la pointe en matière de design : cet état de fait est illustré par les voitures légendaires qui ont été conçues à Turin, notamment par Pininfarina et Giugiaro, mais aussi les produits  emblématiques qui y ont vu le jour, tels la machine à écrire Olivetta, et la Fiat 500. Ces dernières années, et selon les propres mots des autochtones ("i Torinesi"), la ville de Turin est finalement parvenue à se transformer, passant du statut d'adolescente crasseuse et désordonnée, à celui de capitale culturelle classieuse de l'Italie.

Grâce à son positionnement au pied des Alpes, Turin a toujours eu un rôle commercial prépondérant, et ce depuis le Moyen-Age. La ville de Turin a même tenu (l'espace d'une courte période) la place de première capitale de l'Italie unifiée. L'origine de la réussite industrielle de la ville de Turin remonte à 1899, à la fondation de Fiat. Mais c'est dans les années 1960 et 1970 qu'a eu lieu la vague de migration de travailleurs, venus de tout le pays pour intégrer les usines automobiles de la ville (la population de Turin a doublé en à peine 15 ans).

Le boom a cependant été de courte durée, l'industrie entrant dans une période de déclin, et la Fiat étant en crise,  la ville a dû se renouveler. Avec pour modèle Barcelone, les autorités turinoises ont misé sur une stratégie de développement sur le long terme, reposant sur des éléments économiques, culturels, architecturaux ainsi que sur les transports.

Un élément clé de cette rénovation a été l'organisation d'événements internationaux, avec pour apogée les Jeux Olympiques d'Hiver de Turin en 2006. Et pour prouver que ce n'était pas un coup d'éclat isolé, Turin a été consacrée Capitale Mondiale du Design 2008, par le Conseil International des Sociétés du Design Industriel. Cette distinction récompense les villes ayant recours au design dans des démarches de renouveau social, culturel et économique, et elle couronne l'ensemble de l'agglomération turinoise, au sein de laquelle de nombreux sites accueillent expositions et autres types d'événements.

Turin est devenue la capitale mondiale du Design

Paola Zini, diretrice de la Capitale Mondiale du Design, est née et a grandi à Turin. Son amour pour sa ville d'origine est sans limite. Elle raconte que la ville est en période d'expansion : "Le titre de Capitale Mondiale du Design nous permet d'envisager une rénovation de l'environnement, de la culture et de l'état d'esprit des turinois. Toutes les usines désaffectées de la région peuvent reprendre leur activité, et participer à ce vaste processus de transformation. C'est vraiment un projet moteur, puisque c'est la première fois que la distinction Capitale Mondiale du Design est attribuée; nous ouvrons la voie."

Les expositions qui se déroulent dans la ville illustrent les diverses formes que prend une métropole moderne. Andrea Bairati, vice-président du Comité d'Organisation pour Turin 2008 Capitale Mondiale du Design explique : "Aujourd'hui les villes sont en constante évolution, ce qui a une influence sur les aspects sociaux, culturels et économiques. Une ville contemporaine doit savoir trouver les réponses adaptées à cette évolution. Elle doit être à même de se renouveler à l'infini, en trouvant à chaque fois un nouveau moyen de s'imposer. Une capitale mondiale du design suit un processus de transformation et se sert du design pour se construire un avenir commun et viable. La méthode est la flexibilité, l'instrument est le design."

turin-flexibilit.jpgPour comprendre les propos de M. Bairati, il fallait visiter l'exposition "Flexibilité" (via Paolo Borsellino 1, jusqu'au 12 octobre) : 9 designers y ont fait le pari de créer des objets adaptables à  l'usage quotidien. Parmi ces inventions, le 'Banc Flexible', une idée simple mais ingénieuse de Giulio Iachetti. D'un côté, il s'agit d'un banc, mais en le retournant, il se transforme en abri. Autre création, 'Ma Poubelle-Trésor' vous offre un endroit où déposer les affaires que vous ne souhaitez pas conserver, dans l'espoir de trouver une personne à qui elles serviront. Enfin 'Spectre', opère un véritable lifting des sacs de sable utilisés en cas d'urgence : des sacs en feutre épais, de couleurs vives, et rembourrés avec un mélange de sable et de billes, deviennent des cubes peu chers et mobiles, parfaits pour meubler un espace de rencontres sociales.

Turin invente le design automobile de demain

Dans le même temps, l'exposition "Dream" (Rêve) au Corso Massimo D'Azeglio 15, jusqu'au 23 novembre, démontrait que Turin reste à la pointe du design automobile. Parmi les oeuvres exposées, une séries de "concept cars" (prototypes), dont la Nido de Pinifarina. Comme le laisse entendre son nom ('nid'), cette petite voiture urbaine à deux places, est équipée d'un système de sécurité inédit, pour ses passagers. Lors d'une collision frontale, le véhicule absorbe une partie du choc dans son châssis, tandis qu'un compartiment à l'intérieur, s'écarte du point d'impact, permettant un freinage progressif et contrôlé.

turin-lingotto.jpgLe nouvel immeuble Lingotto est un exemple flagrant de l'évolution turinoise récente. Ouvert en 1923, le Lingotto a été la principale usine Fiat pendant plus de cinquante ans, et l'une des constructions industrielles les plus innovantes de son époque. Avec pour point de départ le rez-de-chaussée, le processus de fabrication conduisait les véhicules à être assemblés progressivement, à mesure qu'ils gravissaientt les cinq étages du bâtiment. Le produit fini était alors testé sur la piste située sur le toit (qui a également servi de décor à la célèbre scène de poursuite du film "Braquage à l'italienne").

L'usine a fermé ses portes en 1983, lorsque Fiat a déménagé au sud-ouest de Turin, dans l'enceinte bien plus spacieuse et moderne de Mirafiori. Le Lingotto est donc resté inoccupé pendant une dizaine d'années. Puis, au début des années 1990, l'architecte Renzo Piano a supervisé la reconversion de l'ensemble du complexe, en deux hôtels, un centre commercial, un cinéma, un espace d'expositions et de conférences, une salle de sport, et des bureaux.

Gianrico Esposito, manager général du 'Méridien Lingotto and Art + Tech', est parfaitement conscient de l'héritage laissé par l'immeuble à Turin. "Le Lingotto reste, pour les Turinois, et pour la ville dans son ensemble, un endroit symbolique, car c'est ici que l'Histoire de la ville de Turin a pris son origine", confie-t-il. "Pour l'époque, c'était une usine avant-gardiste, parce que le processus de construction était lui-même futuriste."

Grâce, entre autres, à ce projet de rénovation, l'avenir de Turin promet d'être aussi reluisant que son passé. Etape après étape, la ville se régénère, alors que sont prévus, une amélioration des transports en commun, la construction de nouveaux immeubles, et d'autres organisations  d'événements internationaux.

L'exposition To11 : Biografia di una Citta (Corso Castelfidardo 18, jusqu'au 12 octobre) en a exposé les détails. Ces prochaines années, la construction du métro sera finalisée, et le réseau ferroviaire de Turin sera remis à neuf. Des lignes à grande vitesse existent déja entre Turin et Milan, et l'on prévoit l'installation d'autres services sur le réseau.

Nombreux sont les bâtiments en chantier : parmi eux, une nouvelle université, conçue par une équipe d'architectes, dont fait partie Norman Foster. En 2010, Turin sera la Capitale Européenne des Sciences, et en 2011, la ville sera de nouveau à l'honneur, lors du 150e anniversaire de l'unification de l'Italie.

Turin appartient à cette classe de grandes villes européennes, dotée d'une histoire riche et d'une 'joie de vivre' plus proche du nord de l'Europe que du pittoresque méditerranéen. Elle est aussi une preuve vivante de l'influence que peuvent avoir l'urbanisme et le design sur l'avenir d'une ville.

Pour Gianrico Esposito, "Turin est parvenue à se tranformer, passant de métropole industrielle à ce qu'elle est aujourd'hui, un pôle touristique majeur, et un centre de l'innovation par le design."

LA FIAT

Pour comprendre Turin, il faut absolument se rendre dans les locaux de Fiat. A mon arrivée, je suis accueilli par mon guide, Raoul, et par une Fiat avec chauffeur, qui nous emmène vers l'un des principaux bâtiments de l'usine.

turin-mito_alfa-romeo.jpgC'est ici qu'on a fabriqué la Mito, une nouvelle Alfa Romeo qui devrait être mise sur le marché l'année prochaine (ci-contre). Des pièces de métal sont suspendues à des crochets au dessus de la chaîne de montage et des ouvriers assemblent les entrailles du véhicule. "Tout est synchronisé, donc les pièces détachées et le squelette de la voiture se rejoignent à temps", commente Raoul.

Il faut environ 12 heures pour fabriquer une voiture. D'abord la carosserie est assemblée et peinte par des robots. Puis on retire les portes pour permettre aux ouvriers d'entrer et de sortir facilement pour y ajouter les éléments manquants. Ensuite vient le moment du "mariage" de la voiture, lorsque l'on réunit le moteur et les suspensions. Le reste des équipements est inséré, et pour finir, les portes sont remises à leur place. La voiture est finie.

Une fois les voitures bâties, les tests ont lieu dans l'enceinte de l'usine. J'observe les ouvriers placer la voiture sur un plateau qui la secoue, la fait trembler et tanguer pour tester les suspensions. Puis on la dirige vers un grand hangar dans lequel elle est généreusement arrosée pour vérifier son étanchéité. A l'extérieur, le véhicule est mis à l'épreuve sur la piste de tests, où l'on trouve tous les types de revêtement imaginables (pavés, graviers, en passant par du sable) et des virages paraboliques.

turin-albart500.jpgL'étape suivante de ma visite, m'amène à la base d'Abarth, la marque de voitures de course de Fiat, où les employés mettent la dernière touche sur des versions chimériques de la Fiat 500 (l'Abarth 500 devrait aussi être comercialisée à l'horizon 2009. en photo ci-contre). Ici, les voitures sont peintes à la main, et demandent bien plus de temps pour être fabriquées. Elles sont aussi munies d'un moteur plus puissant, de freins externes, d'un intérieur luxueux, et d'un écusson insolent en forme de scorpion.

Vous pouvez aussi visiter le Mirafiori Motor Village. C'est le plus gros concessionnaire de voitures Fiat au monde, et il propose de nombreux modèles (devant lesquels vous pourrez vous languir), des souvenirs et la possibilité de dessiner votre propre Fiat 500.

Fiat est basé à Mirafiori, à environ 30 minutes de route du centre de Turin. Les visites coûtent 10€; pour plus d'informations rendez-vous sur turismotorino.org

Le Mirafiori Motor Village est ouvert du lundi au samedi de 9h à 19h30 (jusqu'à 22h le jeudi).
mirafiorimotorvillage.it


TURIN GOURMET

Vous aurez, dans cette ville, d'innombrables occasions de déguster un agréable dîner. Une grande partie des exportateurs de cuisine italienne est constituée de Turinois. Voici quelques suggestions de délices gastronomiques :

Eataly

Située dans l'ancienne usine de vermouth de Carpano, Eataly est une grande surface qui obéit au credo du slow food, organisme à but non lucratif, qui prône la biodiversité et encourage les producteurs locaux.

Du plus excellent des parmesans, à l'huile d'olive, en passant par des pâtes à emporter, vous pourrez y savourer un repas préparé avec ces mêmes ingrédients. Chaque section y est dédiée à un produit en particulier (pâtes, fromage, viande, poisson et pain), auquel est consacré un restaurant à thème. On y trouve par ailleurs une bibliothèque et le musée Carpano.

Cette idée consistant à faire goûter, acheter ou emporter chez soi la meilleure nourriture italienne est aujourd'hui en cours d'exportation vers le marché japonais, avec l'ouverture, fin septembre, du premier restaurant hors d'Italie, à Tokyo.

(Ouvert tous les jours de 10h à 22h30)
Adresse : Via Nizza 230; eatalytorino.it

Guido Gobino

Même si vous n'êtes pas un accro du chocolat, vous serez époustouflé par Gobino, qui devrait, lui aussi,  bientôt ouvrir ses portes au Japon. Ici, vous pourrez goûter le meilleur chocolat, issu des meilleurs grains de cacao, et produit par des exploitants indépendants du monde entier.

Vous serez confronté ) une expérience gustative fascinante. Un exemple : le Gianduiotto est une spécialité turinoise à base de noisette et de cacao, mettez-le en bouche et laissez-le fondre lentement sur votre langue, c'est un délice. Vous pourrez également goûter des chocolats, produits à partir de grains de cacao provenant de quatre endroits différents à travers le monde. Bien que le cacao soit produit exactement de la même manière, les quatre variétés ont un goût totalement différent. Le plus beau dans tout ça, c'est que c'est bon pour votre santé. Le cacao contient des antioxydants et fait baisser la pression sanguine. Il existe même un chocolat confectionné à partir de sel et d'huile d'olive : il est bien meilleur que ce que l'on pourrait s'imaginer.

(Ouvert du mardi au dimanche, de 10h à 20h; et le lundi de 15h à 20h)
Adresse : Via Lagrange 1; guidogobino.it

Martini & Rossi

Le martini est l'un des plus célèbres produits italiens exportés. Sa recette est aujourd'hui encore un secret déposé, mais vous pourrez voir et sentir les ingrédients qui composent cet apéritif à base de vin, notamment le caramel qui donne sa couleur au Martini Rosso.

L'usine est restée sur le site d'origine de Pessione, petite ville à l'extérieur de Turin. C'est aussi ici que se trouve la maison familiale, datant du XIXe siècle, de l'associé d'Alessandro Martini, Luigi Rossi.

Parmi les récentes innovations de l'usine Martini, vous remarquerez en fond sonore, un enregistrement de chants d'oiseaux, destiné à faire fuir les pigeons. Vous pourrez aussi visiter le superbe musée où est conservée une collection de vieilles presses à vin, tout simplement spectaculaires.

(Ouvert du mardi au vendredi, de 14h à 17h; le samedi et le dimanche, de 9h à 12h et de 14h à 17h)
Adresse : Piazza Luigi Rossi, Pessione.

Lavazza

Les cafés font partie des lieux de rencontre traditionnels de Turin. En voyant leur décorations somptueuses, et en dégustant leur nourriture de qualité, on ne peut pas en être surpris. A ne surtout pas manquer, le Café Mulafsano, un splendide exemple d'établissement de style 'art deco', célèbre pour ses sandwiches; et le clinquant Caffè San Carlo.

Pour les véritables spécialistes de café, en revanche, nous vous conseillons de vous rendre au San Tommaso 10, le meilleur endroit pour savourer une autre des marques emblématiques de Turin, le café Lavazza. Le menu proposé pour le déjeuner est, lui aussi, de qualité, à l'image des fleurs de courgette et des beignets 'tempura'. Vous pourrez terminer le repas par un café "espesso", un dessert léger et onctueux (sorte de café solide).

(Ouvert du lundi au samedi, de 8h à minuit)
Adresse : Via San Tommaso 10; lavazza.it , santommaso10.it

L'Idrovolante

Ce restaurant baigne dans une atmosphère paisible, sur les berges du Po, dont on entend le ruissellement harmonieux du courant. Situé en plein coeur du Parco Valentino, l'Idrovolante occupe l'emplacement d'où est parti l'un des premiers services de courrier aérien. C'est de là qu'est tiré son nom ("bâteau volant"). Si vous êtes chanceux, vous tomberez sur un des jours où l'on y propose des champignons 'porcini', que j'ai pour ma part dégustés en accompagnement d'un filet de veau, des plus tendres.

Ce restaurant participe au projet Torino Gourmet, une initiative de Turismo Torino (office du tourisme turinois). Cela vous permet de réserver une table, sur internet, et de goûter au menu spécialement ébauché, avec des spécialités locales, de 15 à 35€. Comme d'habitude, lorsqu'il s'agit de cuisine italienne, le meilleur des repas repose sur la qualité et la fraîcheur des ingrédients sélectionnés.

Adresse : Viale Virgilio 105
Tel : +39 011 6687 602
ristoranteidrovolante.com

Tous les circuits peuvent être réservés via Turismo Torino. Rendez-vous sur turismotorino.org pour plus d'informations

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