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Les 15 journées d'action de grève ont engendré un coût direct important ainsi qu'un coût indirect élevé du fait de la forte décote du groupe en bourse. L'avenir d'Air France ne dépend pas que de la compagnie alors que les règles de la concurrence devraient être repensées à l'échelle européenne afin d'éviter le dumping social...

La grève d’Air France s’est terminée le 8 mai, 15ème jour du mouvement social en 2018.

L’intersyndicale n’a pas déposé pour le moment de nouveaux préavis de grève mais a demandé la réouverture des négociations avec la direction alors que le président du groupe, Jean Marc Janaillac a donné sa démission. Les salariés ont en effet rejeté la proposition de hausse salariale de la direction (+2% maintenant et 5% entre 2019 et 2021) à hauteur de 55,44%. L’intersyndicale réclamait une hausse des salaires de 5,1% dès 2018.

Jean Marc Janaillac a reproché au syndicat SNPL son « absence d'ouverture et (sa) volonté délibérée de créer une situation de blocage. C'est ce qui nous a conduit à l'impasse d'aujourd'hui et à ce gâchis que nous regrettons tous.  Air France n'a pas les moyens de faire douter ses clients, ses actionnaires comme ses partenaires ».

 Coût des grèves : 375 millions et forte baisse de la capitalisation

Le bilan est lourd de ces 15 jours de grève est lourd pour la compagnie alors la perte est estimée entre 25 et 30 millions d’euros pour chaque journée de grève soit entre 375 et 450 millions d’euros.

A cela s’ajoute la perte de valorisation du groupe en bourse : l’action de 10,15% lundi 7 mai et plus de 48% depuis la début de l’année soit une perte qui se chiffre à plus d’un milliard d’euros. Il s’agit de la pire chute de l’indice élargi SBF 210 après Technicolor.

Jean Marc Janaillac avait été nommé pour son aspect social alors que l’ancien PDG Alexandre de Juniac vait été critiqué pour son approche plus dure. Alexandre de Juniac avait cependant remis la compagnie sur les rails en réduisant les coûts et en améliorant significativement l’offre produit. Jean Marc Janaillac a pu bénéficier du travail de son prédécesseur tout en réussissant à obtenir un accord pour lancer la compagnie Joon qui vise à reprendre à moindre frais les routes long-courriers non rentables d’Air France.

La direction d’Air France a demandé des efforts aux salariés ces dernières années, et les salariés ne comprennent pourquoi ils ne peuvent pas profiter de l’amélioration des résultats de la compagnie.

Air France : un problème de compétitivité comme pour la plupart des grandes entreprises françaises

Le problème est plus global: Air France souffre de la concurrence des compagnies low-cost qui ont un accès total au marché français du fait de la libéralisation du ciel européen mais qui bénéficient dans leur pays d’origine de taux d’imposition et de charges sociales moins élevés.

Les pays où l’état providence est important sont perdants dans ce système à l’image de la France, de l’Italie d’où les nombreuses critiques actuelles du modèle européen qui a tout misé sur l’intégration économique sans prendre en compte l’intégration sociale, linguistique ou politique.

Ces dernières années de nombreux fleurons français ont été revendus du fait de leur perte de compétitivité comme Alcatel, Alstom, Lafarge, Technip, Arcelor, Pechiney, Norbert Dentressangle, ClubMed, SPIE, Smoby, Solocal (Pages Jaunes), Marionnaud, branche biscuit de Danone, TDF, Yoplait, Ducros, Rossignol, Kronenbourg, Amora-Maille…

Les entreprises françaises perdent des parts de marché à l'export

Le déficit commercial n’en finit pas de durer alors qu’il a atteint 15,8 milliards d’euros en mars 2018.

Les parts de marchés de la France au sein de l'Union Européenne ont baissé de 12% en 2008 à 9,5% en 2014 (gouvernements de droite puis de gauche), soit la pire performance de tous les pays de l'Union Européenne.

Ainsi de 2008 à 2014, les exportations françaises ont connu une très faible croissance au sein de l'Union Européenne de +4,7% alors que parallèlement la croissance a été de 27,7% Espagne, 15,4% en Allemagne et 40,7% en Pologne.

Selon une étude Eurostat publiée en 2014, les exportations françaises rapportées au PIB sont désormais les plus faibles d'Europe derrière la Grèce, la Croatie ou la Roumanie…(voir la France peine à l'export).

Au niveau mondial, la part de marché de la France dans les exportations mondiales a baissé de 19,4% de 2005 à 2010. Par ailleurs la France est l'un des 6 pays de l'UE à importer plus qu'elle n'exporte comme la Bulgarie, la Lithuanie, la Roumanie, la Grèce et le Royaume-Uni.

Avant les grandes entreprises bénéficiaient d'un quasi monopole sur le marché intérieur ce qui leur permettait de subventionner leurs exportations. Ce qui n'est plus possible alors que le marché français a été libéralisé dans tous les domaines.

La France pouvait également dévaluer sa monnaie en cas de besoin pour retrouver de la compétitivité : avec l'Euro ce n'est plus possible.

Aujourd'hui les entreprises n'ont pas d'autres solutions que de perdre des parts de marché à l'export. Une autre solution serait de miser sur l'investissement, la R&D et les entreprises en privilégiant les produits à forte valeur ajoutée comme l'Allemagne, mais le modèle français privilégie l'administration au détriment des entreprises depuis longtemps.

De ce fait, les jeunes ne rêvent plus que de travailler comme fonctionnaires (75% des 15-30 ans) tant il est vrai que le monde du travail dans les entreprises privées françaises est de plus en plus difficile tant au niveau des salaires que des conditions de travail.

Les enteprises françaises sont en effet en proie à une concurrence acharnée au niveau mondial sans bénéficier d'un réel soutien sur leur marché intérieur.

  

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