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Des syndicats de pilotes ont appelé à faire grève 4 nouveaux jours supplémentaires…

La grève n’est pas finie chez Air France. 3 syndicats de pilotes ont appelé à faire grève les 3, 4, 7 et 8 mai prochains ce qui portera le nombre total de jours de grèves à 15.

Ces dates coincident avec les grèves de la SNCF : les voyageurs vont donc devoir faire face à d’importantes perturbations dans les prochains.

Le début de la grève chez Air France coïncidera avec la fin de la consultation auprès des employés pour des augmentations de salaires. Cette consultation a débuté le 26 avril et est ouverte jusqu’au 4 mai à 18H.

«La direction générale d’Air France a mis fin à la séquence des négociations inter catégorielles avec l’ouverture à signature du projet de monsieur Gateau : 2% tout de suite et 5 % plus tard, peut-être, mais pour compenser l’inflation future. C’est dans ce contexte que l’annonce publique de lancer une consultation a été faite par le PDG Jean-Marc Janaillac. Cette consultation nous savons qu’elle consiste de fait à demander à l’effectif non-gréviste ce qu’il pense de la grève. On devine donc assez bien l’intention...Il est dommage que cette manœuvre se substitue à de vraies discussions. En tout état de cause, les augmentations pilotes ont toujours fait l’objet de négociations spécifiques pilotes conduisant à un accord pilote. La réalité, celle qui compte pour vos représentants, c’est que les pilotes souhaitent obtenir un rattrapage en vue d’annuler le blocage de nos grilles de salaires depuis 2011 : nous irons donc chercher ce rattrapage. Si vous avez pu constater dans le courriel de la DRH que certains sujets se débloquent (sur le principeseulement pour l’instant), il ne faut pas s’y tromper, nous sommes loin d’avoir abouti. A ce stade, seules ont été discutées des mesures concernant des populations de pilotes spécifiques (CDB MC, LC...). Les augmentations de grille pour tous, le forfait étape ou la révolution numérique, mesures qui concernent tous les pilotes, n’ont pas encore avancé » a déclaré le syndicat SPAF.

Les grèves de ces derniers jours ont causé d’importants soucis aux voyageurs, certains pouvant être bloqués plusieurs jours sur des liaisons non quotidiennes.

Il en est de même d’ailleurs pour les équipages d'Air France : certains équipages ont du rester plusieurs jours dans une ville du fait d'avions de retour non disponibles.

La grève des mécaniciens : un autre soucis à régler

Il est à noter qu’une autre grève qui passe inaperçue cause des soucis importants à la compagnie aérienne.

Les mécaniciens sont en grève ponctuellement depuis décembre 2017 pour dénoncer les écarts de salaire avec les collègues récemment embauchés ainsi que des rémunérations trop faibles.

Cela occasionne des soucis de maintenance au niveau des avions.

Un de nos journalistes a d’ailleurs pris un vol qui a été retardé du fait d’un problème sur l’une des valves de préparation l’air pour les réacteurs.

L’avion a décollé avec retard car il ne pouvait pas prendre la route habituelle du fait d’un domaine de vol restreint à une moins haute altitude.

Espérons que la direction et les salariés trouvent un accord prochainement car ces désagréments sont négatifs pour l'image de la compagnie.

KLM s'inquiète des conséquences

Le président de KLM s'est d'ailleurs inquiété de ces grèves : « l'impact des grèves est désastreux sur la clientèle et son appréciation sur la compagnie, mais aussi nos finances, notre réputation ainsi que sur nos rapports en interne » a déclaré Pieter Elbers.

Des pilotes plutôt bien payés

Il faut reconnaitre que les pilotes d'Air France sont plutôt bien payés par rapport aux grandes compagnies européennes. Un commandant de bord sur les vols moyen-courriers touche 14000 euros brut par mois chez Air France contre 11166 chez KLM, 9165 chez Lufthansa et 6400 euros chez British Airways. Il n'effectue par ailleurs que 585 heures de vols contre 840 heures chez Lufthansa et 750 chez British Airways.

Pour les vols long-courriers les salaires sont encore plus importants soit environ 2000 euros bruts en moyenne. Les pilotes représentent 25% de la masse salariale et moins de 10% des effectifs.

Au delà du problème des pilotes, les grèves à répétition des hôtesses/stewards, mécaniciens...sont un problème et montrent le mal être de certains salariés en France mais aussi dans d'autres pays comme l'Allemagne.

Lufthansa a du faire face à de nombreuses grèves ces dernières années. Les pilotes d'Air France se trompent peut-être de cible lorsqu'ils visent la direction et devraient plutôt critiquer les conditions de la concurrence au niveau du marché européen.  

Les grèves d'Air France : un problème plus global qui doit aussi être débattu au niveau européen

Les grèves sont la réponse des salariés des grandes compagnies qui sont exaspérés par des condition de travail qui se dégradent dans l'aérien du fait de l'arrivée des compagnies low-costs. Alors qu'Air France-KLM est un groupe européen, les grèves récurrentes chez Air France ou d'autres compagnies soulignent les incohérences du projet du marché unique de l'Union Européenne tel qu'il a été mené ces dernières années avec une optique purement économique.

Aujourd'hui les marchés aériens sont ouverts en Europe mais les compagnies aériennes doivent faire face à des règles sociales, des taux d'imposition différents dans chaque pays.

Les compagnies des pays à basse fiscalité sont favorisées

Les pays où les règles sociales et la taxation sont moins disantes peuvent ainsi accumuler du capital et prendre des parts de marché à leurs concurrents comme on l'a vu avec Ryanair ou Easyjet : il s'agit en fait une distorsion des règles de la concurrence contraire au principe d'équité sur un marché ouvert.

A long-terme, la différence de gain sera tellement importante pour les compagnies des pays à faibles charges sociales/taux d'imposition que ces compagnies vont s'accaparer des marchés (comme on l'a vu en Italie).

Même s'ils sont bien payés et plutôt mieux que la moyenne, les pilotes d'Air France ont été peu augmentés par rapport à de nombreuses compagnies du fait des pertes accumulées par Air France ces dernières années dues à la concurrence des low-cost et aux charges plus élevées que doit supporter Air France face à nombre de ses concurrents.

Air France doit ainsi faire face à une situation schizophène : être en concurrence avec des sociétés qui paient moins de charges sociales, moins de taxes aériennes et moins d'impôts alors qu'elles ont le droit de se développer sans limite sur le marché français du fait du ciel ouvert en Europe.

Le problème est donc européen : comment peut-on permettre une ouverture totale des marchés alors que les niveaux de taxation, de charges sociales sont très différents d'un pays à l'autre ? Cela revient à en favoriser certains et conduit au suicide économique des pays où l'état providence est important comme en France...

Air France doit supporter des charges sociales et taxes qui représentent une imposition de 65,8% contre 25,7% en Irlande. Le différentiel permet aux compagnies low-costs implantées dans les pays à faible fiscalité d'accumuler du capital, d'avoir des tarifs beaucoup plus bas et de faire couler à terme leurs concurrents. Cela induit des effets de concurrence déloyale. D'autant qu'en terme de nombre de personnes employées le différentiel est également important.

Les low-costs investissent-elles assez dans les pays où elles sont présentes?

Easyjet par exemple emploie peu de personnes en France par rapport à sa taille et à son chiffre d'affaires.

Plusieurs commerciaux d'Easyjet ont été licenciés récemment alors qu'ils travaillaient depuis plusieurs années en France pour la compagnie. Celle-ci a en effet décidé de concentrer ses forces commerciales à Londres. Cela a été un vrai choc pour certains employés qui ont compris qu'Easyjet n'offrait pas d'opportunités d'emplois à long-terme en France.

Une entreprise aura souvent intérêt privilégier son pays d'origine pour les emplois.

Par ailleurs ce problème de concurrence déloyale n'est pas uniquement présent dans l'aérien : de nombreuses entreprises françaises ont été rachetées ces dernières années car elles ont accumulé moins de profits que leurs concurrents qui paient moins d'impôts et de charges sociales. Car en France les habitants sont très bien lotis (sécurité sociale, retraite, arrêt de travail, grossesse, salaire minimum) alors que dans d'autres pays la vie est plus dure :  taux de criminalité et de pauvreté élevés, faible niveau des retraites et des prestations sociales.

Hormis l'économie, les autres aspects ont été oubliés dans le projet européen et cela devient intenable pour de nombreuses entreprises européennes et françaises en particulier...

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