Qu’est-ce qui pousse certains élus du Médoc à vouloir autant implanter ce projet sans intérêt réel pour la région? Y a-t-il des motivations financières via des commissions dans les paradis fiscaux? Un manque de réflexion?
On a beau étudier ce projet, il n’a ni queue ni tête. Le projet comprendrait un investissement de 280 millions d’euros et 250 emplois pour quelles bénéfices réels pour l’économie? Le projet viserait à produire 10 000 tonnes de saumons par an soit environ 2 000 000 de poissons.
Un nombre d'emplois sans doute surestimé et des emplois peu compatibles avec la main d'oeuvre locale
Tout d’abord en terme d’emploi cela parait largement sur-estimé. Les experts estiment qu’un projet comparable emploie 70 personnes au lieu des 250 annoncées pour promouvoir le projet. Un impact très faible donc sur l’emploi local et qui de plus demandera pour beaucoup des profils spécialisés non présents dans le Médoc. Des projets de ce type demandant des profils très spécialisés : biologie marine, maintenance de systèmes RAS) qui ne correspondent pas nécessairement au tissu économique local.
Le projet parle de 280 millions d’investissement en fonds propres mais 375 millions au total via potentiellement des prêts bancaires et des subventions publiques. On a alors un coût par emploi de 1,5 millions d’euros. Est-ce un investissement rentable par rapport au nombre d’emplois créés à terme qui sera sans doute encore inférieur? Si l'on prend en compte 70 emplois le coût atteint 5,35 millions par emploi!
Le projet sera-t-il rentable? Un projet comparable a déclenché une quasi faillite des investisseurs
Maintenant venons-en à l’autre aspect économique du projet? En terme d’emplois ce n’est pas folichon. Et en terme de rendements?
Si l’on analyse le business model en Recirculing Aquaculture System, les coûts typiques dans les différents projets mondiaux sont de 7 à 12 euros par kilo. Pour ce projet selon des simulations IA, on atteindrait certainement 9 à 13 euros du kilo du fait des coûts de l’énergie du retraitement des boues, du climat avec des pics de chaleur à 40 degrés et d’une échelle industrielle non encore démontré à 10 000 tonnes.
A titre de comparaison, le prix de gros à Rungis est de seulement 6,5 à 8 euros le kilo pour des saumons entiers vidés en aquaculture norvégien ou écossais.
Le prix au départ du producteur est généralement encore bien inférieur et de plus il est difficile de vendre durablement au dessus de 8-10 euros du kilo.
Il est à noter que le RAS à grande échelle soit plus de 5 000 tonnes par an a souvent eu des difficultés économiques comme le projet Atlantic Sapphire aux Etats-Unis. La société a du demander en début d’année du financement supplémentaire sous peine de défaut technique à court terme. Le projet d'Atlantic Sapphire Miami Bluehouse a coûté 8 milliards de NOK soit 730 millions de dollars à ses investisseurs et a du faire face à des difficultés techniques, des problèmes d’épidémies et de financement. Le projet basé en Floride est pour le moment un échec : pourquoi en serait-il autrement en Gironde alors que les problèmes posés sont identiques en terme technique ou de gestion des maladies?
L’action d'Atlantic Sapphire qui valait 183 NOK en juillet 2024 s’est effondrée à 0,07 NOK cette année.
« Le problème principal ne résidait pas dans un manque d’ambition, mais dans une incompréhension fondamentale de la fragilité du système. Le RAS repose en grande partie sur un écosystème microbien délicat pour traiter les déchets tels que l’ammoniac et les nitrites. Le maintien de la stabilité de ce microbiome à grande échelle nécessite une surveillance sophistiquée de paramètres tels que l’oxygène dissous, le pH et les niveaux de nutriments. Le recours de l’entreprise à une technologie de capteurs et à des outils d’analyse de données propriétaires, bien qu’il visât à lui conférer un avantage concurrentiel, s’est finalement révélé être un goulot d’étranglement. Selon certains rapports, les capteurs étaient sujets à des imprécisions et la plateforme d’analyse des données ne disposait pas des capacités prédictives nécessaires pour anticiper et prévenir les épidémies » note Archyde.
Atlantic Sapphire a connu plusieurs crises:
- Mortalités massives (ex. : 200 000 poissons en urgence en 2020, autre événement en 2021 lié à un défaut de conception du RAS).
- Problèmes techniques : oxygène, températures d’eau trop élevées en Floride (problème classique en climat chaud), incendie de son site au Danemark.
- Surcoûts et retards : investissement massif.
- Dilution forte des actionnaires et chute du cours de l’action. .
Sur des revenus de 42 millions de dollars en 2025 elle a accumulé une perte de 180 000 dollars l'an passé contre 162 173 dollars en 2024 soit une hausse de +11% malgré des revenus qui ont presque doublé.
Elle note dans son rapport que « la monétisation commerciale est inférieure à ses prévisions et qu'elle doit mettre à jour ses systèmes biofiltration ». L’entreprise est en mode survie : dilution massive des actionnaires minoritaires, besoin constant de cash. C’est un cas d’école souvent cité comme exemple des risques et défis des grands RAS en climat chaud (énergie, refroidissement, densité, coûts imprévus).
On voit donc que la faisabilité technique d'un projet RAS est très peu sûre. Un projet de 10 000 tonnes s’avère donc peu viable actuellement et le projet de la ferme de saumon en Gironde surestime certainement les emplois, les revenus et la rentabilité.
De nombreuses questions sur l'eau, le prix de l'électricité, les rejets, le coût du traitement des déchets, l'impact sur l'estuaire et une zone alentour très touristique
Le Conseil Scientifique de l’Estuaire de la Gironde a exprimé publiquement des réserves fortes sur la viabilité du projet RAS à grande échelle : incertitudes sur rejets, dispersion des panaches, interaction avec la nappes, submersion climatique, bien-être animal, viabilité économique.
De plus, le succès du projet dépendrait en partie des prix de l’électricité. Ceux-ci sont amenés à croitre du fait des coûts plus élevés du nucléaire français via les nouveaux EPR et de l’ajout d’énergies renouvelables hors de prix comme le nouvel appel d’offre sur les éoliennes.
On estime que ce projet consommerait 100 GWh/ soit l’équivalent de la consommation d’une ville comme Angoulême.
La rentabilité dépend aussi du traitement des déchets extrêmement couteux dans cette zone. On estime que ce projet produirait 27 tonnes de boues pas jour dont 6 tonnes de matière sèche soit près de 10 000 tonnes par an. Il faudrait une station d’épuration dimensionnée pour l’équivalent de 60 000 à 100 000 habitants pour satisfaire de tels besoins. Dans le cas de l'usine à saumons, les déchets seront traités via une usine éloignée par transport routier.
Les habitants devront faire face à une rotation constante des camions d’évacuation des boues dans des usines de traitement à 50 km. Quel sera le coût pour ces usines de traitement? Le coût a été non chiffré publiquement. Certaines particules seront dans tous les cas présentes dans les eaux usées ne pouvant être filtrées comme les antibiotiques...
Par ailleurs une partie des rejets sera dirigé vers l’estuaire après avoir été traité, dans l’une des zones les plus sensibles de France au niveau écologique et des plus touristiques avec à proximité la Charente Maritime, Royan et l’île d’Oléron, Soulac sur mer. 27 ONG, réunies dans un « Appel pour l’océan », ont dénoncé un projet jugé trop consommateur d’eau et d’énergie et qui menace par ses rejets de boues l’écosystème de l’estuaire de la Gironde, le plus grand et le plus sauvage d’Europe » note Reporterre.
Ce déversement pourrait favoriser la pousse d’algues vertes déjà présentes depuis quelques années dans la région dans certaines conditions.
En effet, la qualité des eaux de l’estuaire s’est déjà fortement dégradées ces dernières années. Selon l'entreprise les rejets résiduels seront faibles mais continus (milliers de m³/jour) et en cas de dysfonctionnement (panne, épizootie, vidange de bassins, coupure électrique), cela étant déjà arrivé dans des projets comparables en Floride, le risque sera grand d'avoir des rejets beaucoup plus concentrés en nutriments et matières organiques.
En cas d’accident ou de dysfonctionnement du système de traitement : il y a des risques de rejets concentrés d’azote et phosphore ce qui pourrait entrainer une eutrophisation localisée ou non, une prolifération d’algues, une baisse d’oxygène et un impact sur la faune benthique et les habitats.
L’estuaire est déjà sous pression avec un bouchon vaseux très marqué qui provoque des épisodes d’anoxie/hypoxie, avec un statut écologique moyen à médiocre sur certaines zones. Il y a un effet cumulatif possible sur l'estuaire avec les autres apports agricoles et urbains.
La MRAe et le Conseil Scientifique ont estimé que l’étude d’impact est insuffisante sur ce point.
En ajoutant une nouvelle pollution cela ne fera qu’empirer la qualité des eaux de baignade et fera fuir les touristes, les investisseurs tout en ayant un impact sur l’immobilier alors que la région cherche un relais de croissance aux retraités baby boomers dont le pic de mortalité est prévu d’ici 2030-2035. L'image de toute la région sera bien évidemment dégradée au niveau touristique.
L’usine se situe de plus à proximité de zones protégées : Parc naturel marin Estuaire de la Gironde et de la mer du Perthuis, Zone Natura 2000 du Marais du Bas Médoc, ZNIEFF de l’Estuaire et ZNIEFF de la Conche de Neyran. Le Conseil Scientifique de l’Estuaire de la Gironde a pointé des manques de données et des risques sur l’estuaire déjà en état écologique « médiocre à mauvais ». En bref un drame écologique est déjà en cours et on veut l’accentuer au lieu d'améliorer la qualité de l'eau.
Par ailleurs le projet devrait prélever 6 500 M2 par jour en eau dans une nappe saumâtre, certes impropre à la consommation, mais qui pourrait avoir des impacts sur la salinisation de la nappe écocène. L’éponte étant de faible épaisseur en cas de rupture, la nappe saumâtre pourrait contaminer la nappe phréatique se situant en dessous.
Or cette nappe alimente tout le Médoc. La Commission Locale de l’Eau (CLE) a, par 4 fois, émis de fortes réserves sur ce prélèvement et a refusé de donner un avis favorable. Le rapport BRGM de février 2025, principale analyse pour évaluer les impacts du pompage de l’eau sur les nappes phréatiques, n’a jamais été mis à disposition du public. Ce rapport conclut que “les paramètres calculés ne sont pas validés”, les besoins de pompage de l'usine étant 5,7 fois supérieur à l'étude.
Beaucoup d’experts et d’opposants considèrent que c’est un modèle high-risk / high-capex qui a du mal à passer l’épreuve de la rentabilité sans soutien public massif ou sans que les prix du saumon augmentent fortement. Les projets de cette envergure comme Miami Bluehouse d'Atlantic Sapphire ont été peu convaincants et décevants en terme de rentabilité ainsi que de faisabilité technique. Sans surprise la Ministre de la Transition énergétique s'est prononcé contre ce projet. « Il ne s’agit pas d’un projet de poissons, c’est un projet industriel qui n’est pas construit sur des fondements qui tiennent la route » a-t-elle déclaré. Le Coderst qui doit rendre son avis le 2 juillet va -t-il en toute logique suivre cette décision et s'opposer au projet?
Pour développer la région pariez plutôt sur l'hôtellerie de luxe et l'IA
En comparaison la région a beaucoup plus à gagner en profitant de ses atouts et en développant le tourisme ou la pêche.
Car il est bien de critiquer mais il est mieux de proposer des alternatives pour le développement de la région et de ses habitants.
D’ailleurs nous avons une alternative à proposer au projet Pure Saumon. Miser sur le tourisme de luxe et les ingénieurs.
Le site est idéalement positionné pour des projets d’hôtels de luxe d’envergure internationale, précisément parce qu’il n’est pas au cœur des vignobles AOC du Médoc (Pauillac, Margaux, Saint-Estèphe, etc.). Cela évite tout conflit avec les paysages viticoles protégés, les châteaux historiques et les règles d’appellation. Un complexe de 200-400 chambres + spa, restaurant gastronomique, centre de conférences, marina intégrée ou même un petit golf/activités nature serait tout à fait dimensionné pour le site de 14 ha.
Nous avons fait un Business Model disponible pour les élus.
Un projet d’hôtel éco luxe serait bien plus compatible avec le site et offrirait bien plus d’emplois aux habitants de la région.
Un resort 5 étoiles de 200 chambres pourrait employer 350 à 600 personnes avec des niveaux d’emplois bien plus compatibles avec la population du Médoc : réception, housekeeping, restauration, spa, maintenance, animation, management en plus d’apporter du Business aux entreprises locales notamment dans le domaine du vin, des excursions, du secteur MICE ou des activités sportives.
L’hôtel génèrerait plus d’emplois indirects (commerces, guides, œnotourisme) et une saisonnalité étalée (printemps-automne + événements). On pourrait ajouter de plus un campus high-tech basé sur l’IA pour attirer les cadres de la région bordelaise via la qualité de vie.
Alors Messieurs les politiques soyez un peu réalistes et oubliez ce projet Pure Saumon totalement loufoque et mal positionné par rapport à une région qui ne demande qu’à faire découvrir aux touristes du monde entier son environnement exceptionnel.
Avec deux objectifs : améliorer encore plus la qualité de l'eau de l'estuaire, développer les emplois et apporter bien plus de richesses à la région qu'une usine à saumon.
