
Le nouveau Muséum d’Art Islamique de Doha, qui a ouvert ses portes en Novembre dernier, est visible depuis la corniche de la capitale du Qatar.

Le muséum, au premier abord, semble être fabriqué à partir de solides blocs placés les uns sur les autres mais quand on s’en approche, il montre de nouvelles vues et perspectives, monolithique et trapu à un moment, s’étendant ensuite doucement le long de la chaussée bordée de palmiers.
___STEADY_PAYWALL___Le site a été choisi par son architecte, IM Pei, non seulement pour sa beauté mais également afin que le musée soit préservé du développement rapide de Doha.
Craignant que de grandes structures fassent de l’ombre à son muséum, il créa une île artificielle éloignée des côtes pour y poser les fondations.
Le design du muséum était inspiré de la Mosquée d’Ahmad Ibn Tulun au Caire.
Pei disait qu’il cherchait « l’essence de l’architecture islamique » et qu’il l’a trouvé dans un « design austère et simple, où la lumière du soleil donne vie aux formes. »
L’intérieur de la construction de Pei est plus folâtre.
Après avoir pris un ascenseur en verre pour se rendre à l’entrée, on est accueilli par un escalier double en colimaçon qui fait une courbe jusqu’au second étage, alors que tout droit, une gigantesque fenêtre de 45 mètres donne sur l’extérieur, de l’autre côté de la baie, sur les nombreux gratte-ciels de Doha.
Ce niveau principal comporte aussi une boutique de cadeaux, des galeries d’expositions temporaires, des salles de prière, un auditorium de 200 places et un petit café et vous avez la possibilité de prendre un audio guide dans plusieurs langues pour la collection permanente.

Une collection qui met en valeur de superbes oeuvres d'Art Islamique
L’exposition couvre des zones géographiques allant de l’Espagne à l’Asie Centrale et chronologiquement couvre des périodes allant du septième au 19ème siècle. Watson dit :
« Chaque zone présente des pièces de la plus grande qualité et quelques sections (tapis, métaux incrustés et calligraphie primitive par exemple) font partie des plus importantes que l’on puisse trouver » explique Oliver Watson, directeur du Muséum d’Art Islamique et ancien conservateur en chef des collections du Moyen-Orient du Victoria and Albert Muséum de Londres.
Ces oeuvres ont réunies au cours des 20 dernières années par Sheikh Saud Al-Thani, un petit-cousin de Sheikh Hamad bin Khalifa Al-Thani, émir de l’état du Qatar.
Le musée présente des expositions temporaires à l’étage principal et au second et troisième étages, l’exposition permanente est composée de 18 galeries, avec des thèmes tels que « la figure dans l’art », « les écrits dans l’art » et « la forme dans l’art » au second étage, et « le voyage de l’art islamique » au troisième étage, couvrant différentes périodes et régions incluant l’Iran, l’Asie Centrale, l’Egypte, la Syrie et la Turquie.
Les quatrième et cinquième étages sont occupés par des bureaux et un restaurant de 88 places.
La collection permanente offre un éventail d’objets tellement varié qu’une seule visite lui rendrait à peine justice.
Quoi que vous aimiez, vous trouverez quelque chose pour vous émerveiller : peut-être un faucon paré de bijoux d’Inde datant de 1640, fait d’or et incrusté de rubis, d’émeraudes, de diamants, de saphirs et d’onyx ; ou un simple plat en céramique de l’Iran du premier siècle ayant une épigramme écrit autour de son bord où l’on peut lire : « Stupide est la personne qui laisse passer sa chance et le reproche ensuite au destin ».
Les galeries ont été conçues par le français Jean-Michel Wilmotte et sont habillées de pierre gris sombre et de bois brésilien, brossé et traité pour créer un effet métallique.
Les grandes vitrines qui contiennent les œuvres exposées s’étendent jusqu’au plafond et sont non-réfléchissantes afin de ne pas amoindrir la beauté des objets.
Mon guide m’a dit que malheureusement, tous les jours, un certain nombre de visiteurs se cognent la tête sur le verre, et parfois le personnel doit éponger le sang de ces personnes particulièrement désireuses de s’approcher d’un peu trop près des objets.
Le muséum est le premier d’une longue série au Qatar
On peut citer le Muséum National du Qatar, l’annexe qui a été conçue par le lauréat du prix Pritzker ,Jean Nouvel, et quelques autres sont en projet par l’Autorité des Muséums du Qatar, présidée par Sheikha Al Mayassa bint Hamad bin Khalifa Al-Thani.
Le Muséum d’Art Islamique est important pour bien d’autres raisons.
Il est non seulement le premier muséum d’envergure mondiale à ouvrir dans la région, abant ceux du Louvre et du Guggenheim à Abu Dhabi et avant le nouveau quartier culturel Khor Dubaï, mais il est également important pour la population du pays qui ne disposait auparavant d’aucune institution pour admirer l’art islamique et qui devait souvent voyager en Occident pour découvrir des oeuvres.
De plus, comme Watson le fait remarquer, la collection est particulièrement importante « pour les non-Musulmans à travers le monde aujourd’hui pour montrer que l’Islam a continuellement été une force tolérante et progressiste ».
De telles pensées sont à méditer sur la terrasse après la visite.
Le muséum est ouvert tous les jours (de 10h30 à 17h30, le vendredi de 14h à 18h) à l’exception du mardi.
La fin d’après-midi est un bon moment pour s'y rendre, lorsque la lumière du soleil dore la façade.
Si vous prenez la visite guidée, sortez à la fin par les portes latérales et regardez les fontaines et l’entrée privée de l’émir, qui peut descendre de son bateau par un ascenseur qui l’emmène à la terrasse.
Ne manquez pas lors de votre prochaine escale au Qatar d'aller y faire un tour!
Plus d'informations sur le site
LES PLUS BEAUX ENDROITS POUR DECOUVRIR L’ART ISLAMIQUE
Galerie Jameel, Victoria and Albert Museum, Londres
La Galerie Jameel rouvrit ses portes en 2006 et présente un magnifique tapis d’Ardabil de 50m² en pièce maîtresse.
Il s’agit du plus vieux tapis islamique daté au monde (1539-1540) comptant 28 millions de nœuds en tout. Il fût acquis par le Victoria & Albert Muséum en 1890 sur les recommandations de l’architecte, écrivain et designer anglais, William Morris.
Galerie d’art Freer, Smithsonian, Washington DC
Avec une remarquable collection de plus de 2 000 oeuvres d’art islamique, vous y trouverez des feuillets du Coran, des manuscrits illustrés et illuminés ainsi que des œuvres en métal, en céramique et en verre dans l’une des galeries du rez-de-chaussée.
Musée d’Art du Conté de Los Angeles
Plus de 150 oeuvres sont exposées, incluant des céramiques d’Iran et de Turquie, du bois et de la pierre sculptés et des lettres et lettres en provenance de Perse et de Turquie.
Le musée de Pergame, Muséum d’Art Islamique, Berlin
Au premier étage, on trouve non seulement la chambre d’Alep avec ses boiseries murales de Syrie datant d’environ 1600 mais également la façade du palais de Mshatta ainsi qu’un dôme en bois tortueux de l’Alhambra en Espagne.
Musée sans Frontières
Le site web du Musée sans Frontières compte près de 1 200 travaux d’art et d’architecture islamiques dans sa base de données.
Voir https://www.discoverislamicart.org.

Al Jazeera au service de la liberté d'expression
Tout en se positionnant comme centre culturel, le Qatar a l’intention de défendre la liberté de parole comme le démontre sa position de base pour la chaîne d’information télévisée arabe et anglaise, Al Jazeera.
La chaine Al Jazeera a eu une histoire presque aussi mouvementée que les histoires qu’elle traite.
Cela a commencé quand la station TV de la BBC World Service en langue arabe ferma à cause des censures du gouvernement saoudien.
Quand l’émir du Qatar offrit le financement initial pour la création d’une nouvelle chaîne d’information arabe, beaucoup de journalistes rejoignirent Al Jazeera (qui signifie « l’île » en arabe ou « la péninsule » en arabe du Golfe). Elle a commencé à émettre en 1996 de Doha et a fait de nombreuses unes depuis.
Ce qui était différent avec cette chaîne était sa volonté d’offrir un exutoire aux avis controversés.
C'est après les attaques envers les Etats-Unis du 11 Septembre 2001 qu’elle est devenue largement connue, particulièrement pour avoir diffusé des vidéos des leaders d’Al-Qaeda.
Pour le monde anglophone, la chaîne gagna en importance en 2006 quand une nouvelle chaîne Al Jazeera en anglais commença à être diffusée.
La châine est importante dans le monde arabe car elle offre un accès sans précédent sur de nombreuses zones troublées du monde.
La chaîne considère que sa mission est de « faire connaître les histoires cachées, de promouvoir le débat et de défier les idées reçues ». En pratique, cela implique de raconter les histoires de ceux qui sont négligés par les médias, avec un intérêt particulier pour l’Afrique.
Al Jazeera en anglais a des centres de diffusion à Doha, Kuala Lumpur, Londres et Washington DC et des bureaux secondaires à travers le monde, dont 12 en Afrique.
La chaîne Al Jazeera est actuellement diffusée auprès de 140 millions de foyers en anglais et compte 50 millions de téléspectateurs en arabe.
Son site web, www.aljazeera.net comprend également une équipe de journalistes.
Tout ceci est possible uniquement grâce au soutien financier continu de l’émir du Qatar.
La chaîne ne couvre pas les informations locales du pays, seulement internationales, ce qui réduit au minimum les potentiels conflits d’intérêts et aide le Qatar dans son projet de devenir un centre régional pour la liberté d’expression, comme l’illustrent les programmes Qatar Debates ( https://www.qatardebate.org) et Doha Debates ( https://www.thedohadebates.com) diffusés sur la chaîne BBC World News en association avec la Fondation du Qatar (https://www.qf.org.qa).
Il n’y a aucun doute quant aux pertes humaines subies par les équipes d’Al Jazeera.
En visitant les studios de Doha, on trouve plusieurs souvenirs des reporters qui ont perdu la vie: vêtements portés par l’un quand il a été tué , photos encadrées alignées aux murs. On nous a raconté l’histoire du caméraman Sami Al-Hajj qui a été retenu au camp de Guantanamo pendant près de sept ans après avoir été arrêté lorsqu’il tournait un reportage pour la chaîne.
Lorsque nous nous sommes dirigés vers le parking, c’était bien sûr étrange de le rencontrer alors qu’il se dirigeait vers le bâtiment accompagné d’un autre reporter. Il projette maintenant de faire une série de documentaires pour Al Jazeera s’inspirant de son expérience.
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