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Née en Jamaïque en 1960, Renee Cox vit actuellement à New York. Depuis 1990, elle se met en scène comme image de la féminité noire, et participe, sous le pseudonyme de Raje, à la critique d'une société encore trop souvent machiste et raciste (cf. les séries « American family » et « La libération de Aunt Jemina et Uncle Ben's »).

 

Après plusieurs expositions à la galerie Robert Miller (New York), la photographe expose, pour la première fois en France, à la galerie Nordine Zidoun. Elle interroge, via ses portraits critiques, la vie de certaines bourgeoises afro-américaines, leurs codes (le verre d'alcool ambré) et leurs envies.


Pouvez-vous nous parler de votre héroïne. Comment s'appelle-t-elle.


RENEE COX : Elle s'appelle Missy. C'est un personnage que j'ai créé et qui est né de ma propre expérience lorsque je me suis installée dans la banlieue de New-York. Là-bas, j'y ai rencontré des « Black Desperate Housewives », des femmes prospérant dans une réelle misère affective. J'ai voulu mêler l'image totalement irréelle, et choquante, de ces femmes cessant d'avoir une existence après le départ de leurs enfants, aux personnages de la série télé « The Valley of the Dolls ». Ce sont des personnes qui vivent dans une solitude effrayante. Elles ne voient jamais leur mari, sortent et partent en vacances tout le temps ensemble, dans un cercle réduit, ont toujours les mêmes sujets de discussion...

Vous vous utilisez comme sujet, modèle, et personnage dans ces photos. Parlent-elles de vous. Pensez-vous qu'elles soient représentatives d'une certaine image de la communauté noire.


RENEE COX : c'est vrai que, d'une certaine manière, ces photos parlent de moi. J'ai déjà essayé de travailler avec d'autres personnes, mais ça ne donne pas la même chose. Certes, elles sont glamour, mais je veux que les gens voient au-delà de cette beauté esthétique. Quand on considère l'image dont jouit la communauté noire aux États-unis, on pense tout de suite à une femme, aux cheveux sales, vivant dans une « crackhouse » miséreuse. J'ai voulu donner une autre image, une autre misère.
Parallèlement, ce qui m'a incité à produire ces photos larges et impressionnantes vient probablement du fait que lorsqu'on va dans une famille noire-américaine, on contemple les photos de famille qui sont minuscules, souvent dans des cadres au verre fissuré. Cela donne envie de dire aux Noirs « Mais voyons ! Soyez fiers ! Vous avez une histoire ! ». Lorsque j'ai été invitée en France dans des lieux prestigieux, des châteaux, j'ai pu contempler les portraits de famille, immenses, posant avec des fusils, l'air de dire « Et bien, tout ceci m'appartient ». Cela donne, tout de suite, une autre vision des choses, n'est-ce pas.

Certaines de vos photos évoquent une sexualité, voire une prostitution explicite du personnage.


RENEE COX : de manière stéréotypée, il existe, dans la mentalité humaine, trois types de femmes : la vierge, la mère, et la putain. J'ai voulu représenter, dans ces différents clichés, les trois facettes de cette femme. Voyez sur celui-ci, Missy at home, c'est la coincée. Certains clichés la représentent dans des poses suggestives. Celui-ci, qui s'appelle After, la représente certainement après un acte sexuel. Ca a l'air de s'être mal passé, car on la voit prenant de l'alcool et de médicaments. Sur celui-ci, Lady of the Night, on peut penser à la prostitution, mais qui peut dire si cette situation est bien réelle. Si elle ne fait pas partie de son esprit. On voit une femme, nue sous un manteau coûteux, éclairée par la lumière du soir. Peut-être est-elle dans son propre jardin. Quoiqu'il en soit, chaque photo n'est qu'une facette de ce personnage, représentée tout entier dans cette série de travaux. J'ai voulu faire d'elle une femme entière, reconstituée.
Sur cette photo, qui me paraît particulièrement représentative, Missy se trouve dans la salle de billard (Pool room). Joue-t-elle avec quelqu'un. L'attend-elle. Est-elle seule. L'a-t-il déjà quittée. Chaque cliché est une histoire, une narration que les visiteurs peuvent accommoder selon leur souhait. Sur cet autre cliché, elle vient probablement d'assassiner son mari, elle a un verre de whisky dans une main, un couteau dans l'autre, mais vous remarquez que le couteau est propre ! C'est une personne soigneuse !

Je suis désolée, on va être obligée de parler d'Obama, et de sa victoire aujourd'hui...


RENEE COX : ne soyez pas désolée, c'est un grand jour ! Bien sûre que je suis heureuse, c'est vraiment une excellente nouvelle, non seulement parce que nous avons un président noir, mais avant tout parce que nous avons un président intelligent. Maintenant, les Français parlent aux Américains dans la rue, et leur disent : « Bravo ! Vous aussi vous devez être heureux, tout comme nous ». C'est réellement un très grand jour aujourd'hui, et je dis aux noirs d'Amérique : « Soyez fiers ».
 

    
Galerie Nordine Zidoun
41, rue de Turenne
75003 Paris (FR)
Tel. +33 1 42 71 43 53

Plus d'information sur le site  de la GALERIE NORDINE ZIDOUN.

 

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N.B.: Article initialement publié Sur le site web de ArtandYouet rediffusé sur BusinessTravel.fr avec l'accord de notre partenaire Artand You.

 

[Crédit Photo : en haut, Renee Cox, Correct Color Bed, 2008. Courtesy galerie Nordine Zidoun, Paris. En bas : Renee Cox, Missy at home, 2008. Courtesy galerie Nordine Zidoun, Paris]

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